C’est toujours le printemps, mais la société continue de s’agiter et la haine de monter, et la légèreté de l’air devient touffeur.

J’ai déjà parlé ici des problèmes de genre (« Je ne veux pas être neutre » http://paulinecharneau.wordpress.com/2013/02/18/je-ne-veux-pas-etre-neutre/) et du mariage pour tous (http://paulinecharneau.wordpress.com/2013/02/09/mariage-pour-tous-quelle-perspective) et de la nécessité d’ouvrir les perspectives et d’être créatifs pour faire évoluer la société.

Ces sujets rôdent toujours, et voilà qu’au moment où une ultime bataille se joue autour du mariage et de l’adoption par les couples homosexuels, je lis dans Le Monde, sous la plume de Florence Dupont (*) un article à charge contre la famille « normée » dans laquelle « parents et enfants ont un rôle prédéterminé ».

L’occasion de l’article est le logo utilisé par les manifestants contre le mariage pour tous. Je cite: « la famille nucléaire dessinée sur le logo et présentée comme naturelle n’est autre que le mariage catholique bourgeois du XIX ème, … et désormais obsolète. C’est une famille étouffante et répressive … famille haïssable de Gide, nœud de vipère de Mauriac. »

A quel paradoxe arrivons-nous là, que sous prétexte de tolérance, on vomisse le type de famille qui reste aujourd’hui le modèle principal, et bien souvent heureux, de développement de l’être humain occidental?

Ceci me semble symptomatique d’une nouvelle forme d’intolérance qui se pare des atours du progrès et me semble moi prendre une voie nouvelle vers des travers vieux comme le monde : opposition des sexes, guerre de religion, et tant d’autres.

Déplorons donc les stéréotypes sexistes s’il le faut, mais reconnaissons qu’ils sont le reflet, même trouble, d’une réalité, et ne stigmatisons pas les femmes qui ont envie d’avoir les cheveux longs et de porter des mini-jupes, ni les hommes conquérants et protecteurs. Si l’on veut être tolérant, soyons le vraiment, et acceptons aussi ce qui était la norme jusqu’il y a peu. Ce sont les mêmes qui défendent les différences et voudraient imposer aux filles et aux garçons de converger vers une posture asexuée. Nous sommes différents. Si certains se sentent en dehors de cette différence ne les blâmons pas, mais n’imposons pas non plus un contre-modèle.

En réalité, ce qui m’inquiète c’est que je trouve que ceux qui tentent de porter la parole de la tolérance y mettent parfois une intolérance plus grande.

Toute sorte d’idéologie me semble dangereuse. Imaginez qu’il devienne vraiment honteux, en tant que femme, de porter des signes extérieurs du stéréotype féminin (et notez que nous n’en sommes pas loin). Ne serait-ce pas, paradoxalement, un recul de la position des femmes dans la société ? Elles ont acquis leur autonomie légale, souvent financière, mais elles devraient désormais se cacher de ce qu’elles sont ? Et plus grave, elles devraient désormais s’excuser d’exercer les fonctions « traditionnellement » dévolues à la mère, comme l’éducation des enfants ? A ce titre notez comme aujourd’hui la fonction de « mère au foyer » est dévaluée dans notre pays. Non seulement on ne lui reconnaît aucune valeur sociale (alors que dans le même temps on répète à qui veut l’entendre que l’éducation des enfants par des mères elles-mêmes éduquées serait la clé de la sortie de la misère et de l’obscurantisme), mais on ne lui reconnaît non plus aucune valeur financière (ce qui n’est pas le cas au Etats-Unis par exemple).

J’ai bien conscience que les choses sont très complexes. Et justement parce qu’elles le sont, nous avons plus que jamais besoin d’apprendre à écouter l’autre, à le comprendre, même dans sa différence, et à le respecter. En réalité j’ai peur des gens aux idées trop « pures », qui ne conçoivent qu’une vérité et qui pratiquent l’intolérance sans le savoir, mais avec autant de violence, que ceux qu’ils dénoncent.

On retrouve ce travers dans les débats sur la laïcité, j’y reviendrai sans doute bientôt. En attendant, gardons-nous des intolérances vertueuses, de peur qu’elles ne nous mènent à la haine de notre prochain.

(*) Papa bleu, maman rose – Le Monde daté du dimanche 14 – Lundi 15 avril

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