Au royaume des fake news, je suis quelqu’un qui doute.
Et cette désignation est trompeuse : il n’y a pas que les « nouvelles » qui sont « fausses ». Ce sont de grands pans de la réalité, y compris des faits anciens, des études oubliées, des règles jamais validées que l’on raconte de façon approximative, voire fausse.
On peut s’en plaindre. On peut accuser les lobbys, les influenceurs, les politiques ou les industriels. Mais on peut surtout décider d’être vigilant. De ne jamais accepter une information sans la vérifier. Même (surtout ?) si elle émane d’une source que nous respectons car l’estime que nous en avons affaiblit notre vigilance. Or nous avons tous fait l’expérience d’informations approximatives ou franchement erronées provenant de sources de bonne foi – ou qui nous semblaient telles -.

Je me méfie des corrélations statistiques mal interprétées, des croyances populaires, des recettes ancestrales et des déclarations politiques (de tous bords). J’ai été élevée comme ça, mais j’ai aussi la faculté de remettre en question mon éducation. Ce n’est donc pas une croyance infondée. Chaque jour me conforte dans mon attachement au doute.

Plus que tout je me méfie des dogmes, dont la caractéristique principale est de ne pas être vérifiés. Le dogme est considéré juste par essence, sinon il n’en n’est pas un. Chaque parti politique, chaque société, chaque religion, chaque famille a les siens. Les remettre en question revient souvent à les faire s’effondrer. Et la perspective est si effrayante que très peu s’y aventure. Effrayante à plusieurs titres : parce que l’on risque de rester orphelin d’un modèle de pensées, et parce que l’on risque l’opprobre du groupe, situation angoissante par dessus tout. Mais aussi – surtout – parce que l’on a grandi dans la crainte de l’ennemi du dogme. Il est nécessairement mauvais, dangereux, parfois diabolique. Et décrit comme tel avec tant de conviction que personne ne se risque à se rapprocher du diable.

Les gardiens du dogme l’ont bien compris et vont s’assurer de vous éloigner de la tentation du questionnement en induisant ces angoisses de façon subtile mais constante.

Car il est très facile de partager et diffuser des peurs. Et ces peurs vont engendrer des comportements d’évitement. « Cette chose-là, je ne l’approcherai jamais ». Au point de ne même pas chercher à savoir si elle existe vraiment.
C’est l’arme de l’influence[1].

Méfiez-vous des chiffons rouges et des coupables pré-fabriqués. Ils sont souvent plus destinés à vous éloigner de la vérité qu’à vous protéger d’un risque.
Tout régime totalitaire, tout populisme, toute personne de mauvaise foi, a son ou ses ennemis invariables, investis d’un pouvoir de nuisance surnaturel (le libéralisme ou le communisme, la religion ou l’athéisme, l’étranger presque toujours, le darwinisme souvent, la belle-famille parfois).

Alors on diabolise ces étrangers qui viennent profiter du système (combien « profitent » et combien travaillent dur à des métiers sous-qualifiés que l’on est bien heureux de les voir exercer ?), le nucléaire si dangereux et polluant (en réalité combien de victimes depuis l’effroyable accident de Tchernobyl, et pourquoi ne pas dire que l’on a su en tirer les leçons et que les règles de sécurité françaises sont parmi les plus strictes du monde?), on vante les vertus du verre de vin rouge (en réalité bien inférieures aux risques qu’il présente), on croit faire du bien à la planète en communicant par mail alors que l’industrie la plus consommatrice d’énergie est désormais le digital et que l’Europe est plus boisée qu’il n’y a un siècle. Aujourd’hui on brandit le spectre d’une armée d’enfants élevés par des couples homosexuels ou par une personne seule qui seraient condamnés à une vie de névrose et d’échec, sans qu’aucune étude solide ne vienne ni le confirmer ni l’infirmer[2]. De même le climat[3] est-il l’objet de toutes les approximations idéologiques (voir mon article précédent https://paulinecharneau.com/on-a-eu-chaud/), et il en est ainsi de presque tous les sujets d’actualité.

La peur est la meilleure arme de manipulation. C’est celle qui vous empêche de construire une pensée rationnelle. D’aller sereinement vers l’avenir. Et certains, parfois de bonne fois, parfois pour des raisons idéologiques ou franchement malhonnêtes, ne veulent pas de cette progression, de cette paix. Or il y a finalement de moins en moins de raison d’avoir peur du monde (je vous recommande, pour changer, de visiter des sites tels que « goodnewsnetwork.org », avec bien sûr tout l’esprit critique nécessaire).

Vous savez comme je crois au progrès, et la chasse aux croyances en est une condition. Elle est sans fin, et bien sûr je m’y attache dans mes domaines de prédilection, quand bien d’autres m’échappent. Et je suis, malgré ma vigilance, victime de biais cognitifs, en premier lieu le biais de confirmation[4].

Mais si chacun de nous prenait la responsabilité de vérifier les informations qu’il détient sur les sujets qui lui tiennent à cœur, sur lesquels il est le plus susceptible d’échanger, de diffuser du savoir et d’agir, la rationalité pourrait l’emporter plus souvent sur les peurs infondées et le monde apparaîtrait à tous bien plus accueillant et porteur de progrès.

La vraie connaissance est une source de pouvoir. Non pour manipuler ou dominer, mais pour agir pour notre bien et celui de notre environnement. Elle est à portée de main. Saisissons-en nous !

 

 

 

[1] Il est plus compliqué, voire impossible, d’instiller une passion. « Cette chose-là, je vais l’adorer ». On peut y croire avant de s’y confronter par l’action. La salle de sport qui vous promet un bien-être décuplé et un corps d’athlète moyennant un abonnement annuel au-dessus de vos moyens peut parvenir à vous convaincre, mais le passage à l’acte (faire du sport très régulièrement) ne se fera pas si vous n’aimiez pas ça avant de vous inscrire. L’influence n’a été que superficielle, et c’est ce qui pousse tant de prestataires de service à vous proposer des forfaits pseudo-économiques : ils savent que bien que convaincus sur l’instant, il y a très peu de chance que vous ne les consommiez intégralement, loin s’en faut. Donc même un rabais considérable reste une bonne affaire pour eux. N’acceptez d’investir dans quelque forfait que ce soit qu’après vous être assuré sur une durée significative que vous aimez vous livrer à cette activité !

 

[2] Bien sûr ces sujets sont extrêmement difficiles à trancher, mais ce ne sera en tout cas possible que par l’objectivité et l’honnêteté intellectuelle.

[3] Pour ceux qui n’ont pas lu mon article sur le sujet, je ne suis pas climato-sceptique ! Je crois à l’urgence, mais je crois aussi qu’il y a des solutions.

[4] Le biais de confirmation consiste à prêter plus attention à une information qui vient confirmer une opinion déjà formée qu’à une information qui viendrait la contredire.

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