Nous sommes tous usagers et victimes de stéréotypes. Un stéréotype est une opinion toute faite, une représentation caricaturale figée. Il en existe de nombreux, que nous utilisons sans cesse (et sans conscience). Voyons :

Le plus commun est le stéréotype d’origine. Il peut être brutalement racial (« les noirs dansent bien, les arabes sont bons en math, les asiatiques sont travailleurs … ») ou légèrement plus subtils. Petite illustration personnelle : je suis belge, et lors de mon arrivée à Paris et puis pendant des décennies, chaque fois que je l’annonçais, j’avais droit à un ricanement et une blague assortie. Mais la bonne nouvelle c’est qu’un stéréotype peut (presque) disparaître, puisqu’après l’émigration fiscale massive des français, ceux-ci ont vu de près les belges et ont découvert qu’ils étaient formidables (stéréotype). Maintenant, quand je dis que je suis belge, j’entends immédiatement en retour « j’adore les belges, ils sont tellement sympas » (stéréotype plus sympathique). Je vous passe celui sur le parisien arrogant, l’auvergnat radin, le breton ivrogne, …

Nous connaissons aussi fort bien le stéréotype de genre, la femme douce et l’homme fort, ce qui permet encore et toujours de prêter du courage à de lâches fanfarons et de la faiblesse à de discrètes et néanmoins héroïques mères de famille ; le stéréotype de l’âge (les jeunes sont irresponsables, les vieux sont aigris, la génération X,Y ou Z (je m’y perds) ne veut pas travailler, les babyboomers sont égoïstes… ); le stéréotype professionnel (le patron paranoïaque, l’artiste bohème, le banquier sans scrupule, l’ingénieur psycho-rigide…) et très certainement, dans chacune de vos vies, des stéréotypes plus personnels ou à usage plus restreint: tel département dans l’entreprise où ils sont tous râleurs, telle classe dans une école (quel élève n’a pas entendu « oh vous les 5e 4 vous êtes insupportables », tellement injuste pour les 80% de la classe qui se tiennent bien) ; les sous-groupes familiaux (« les enfants de Jean sont tous un peu bizarres ») ; et je suis sûre que d’autres vous viennent à l’esprit.

Je ne discuterai pas de l’origine des stéréotypes, ni de leurs formes variées. Ce qui m’occupe ici est l’usage qu’on en fait.
Le stéréotype est utile dans la mesure où il est un moyen rapide d’appréhender le monde. Derrière le stéréotype le plus bête, il y a toujours quelque chose de vrai, de notre point de vue. Il permet de comprendre, de façon superficielle et opérationnelle, et souvent suffisante, le monde qui nous entoure.
Imaginez un martien arrivant sur la terre, et qui observe avec étonnement la répartition assez générale des activités entre les hommes et les femmes.  Tiens, très peu d’hommes au parc avec les enfants, très peu de femmes en train d’effectuer des travaux de voirie, ou dans les effectifs des gardes républicains. Mais pourquoi cela ? Qu’ont-ils de différents ? Un terrien lui expliquera que les femmes portant les enfants et leur donnant les premiers soins, puis les soins quotidiens jusqu’à leur 18 ans (au moins), elles sont naturellement douces et dévouées, alors que l’homme, libéré de cette charge, a fait vivre sa force physique et son courage à l’extérieur et a construit le monde. Ça se tient non ? ça explique beaucoup de choses. Il y a une grande part de vérité. Mais il y a aussi une extrême simplification (et un peu de sophisme).
C’est cette simplification qui rend à la foi le stéréotype utile (il permet d’embrasser un concept très rapidement, et il y en a beaucoup à embrasser) et dangereux (tout ce qui est simple est faux).
Et nous voilà face à la célèbre double impasse de Paul Valéry « Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l’est pas est inutilisable ».

Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est de rendre le compliqué utilisable. C’est assez simple ! Pour qu’un stéréotype perde sa simplicité, il faut qu’il soit vu, repéré, dit. Il faut qu’avec force il soit affirmé qu’il est trop simple, donc faux, et que souvent il dérive d’une mauvaise compréhension des choses, d’une interprétation erronée, d’une croyance (voir mes articles précédents sur la question, dont https://paulinecharneau.com/exercice-n3-assouplir-ses-croyances-et-comprendre-pourquoi/). Mais quel bénéfice, me direz-vous, avons-nous à débusquer les stéréotypes, si nous avons si bien vécu avec eux jusque là ?
C’est très clair: vous ferez moins d’erreur. Moins d’erreur de jugement sur les autres, donc moins d’erreur dans vos stratégies de vie, personnelles comme professionnelles. Quand vous fondez une action sur un stéréotype, vous avez de fortes chances d’échouer. Et en analysant l’échec, il est fort probable que cela vous échappe. Vous l’imputerez à la conjoncture, ou à une mauvais exécution, mais sans doute pas à l’erreur originelle de jugement.

Exercice n°7 : Traquez le stéréotype

L’exercice d’aujourd’hui est très simple[1] : pendant une semaine, observez-vous, écoutez-vous, observez et écoutez les autres. Et notez, simplement, chaque fois que vous entendez un stéréotype. C’est tout. C’est déjà beaucoup.

Tout naturellement, vous en viendrez à les repérer sans effort. Et bien sûr, souvent, vous continuerez de les utiliser. Mais vous saurez, quand vous aurez une décision importante à prendre, les écarter et utiliser votre rationalité, votre curiosité, votre sens de la nuance, pour augmenter considérablement vos chances de succès.



[1] Vous remarquerez que j’ai beaucoup employé le mot « simple » et « simplicité ». C’est un mot qui fait du bien au cerveau, parce qu’il comprend qu’il n’aura pas beaucoup d’énergie à dépenser, et c’est son souci premier. Et c’est pour ça que le stéréotype a la vie si longue. Il permet de sérieuses économies d’énergie.

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