Revenons à nos émotions. Je vous ai dit qu’elles étaient anticipation et non réaction. Cela mérite encore quelques explications : Lorsqu’un événement quelconque est enregistré par votre cerveau, nous avons vu qu’il se met immédiatement en devoir d’y réagir. Mais comment ? Le cerveau est un statisticien hors-pair.

Il stocke un nombre phénoménal de données et leur occurrence, et pour chaque événement calcule ce qu’il est le plus probable qu’il advienne. Mais il a tendance à attribuer un poids supérieur à tout ce qui ressemble à un danger vital, d’où des prédictions finalement biaisées. Rappelez-vous que l’évolution biologique de l’espèce se fait sur un temps très long qui se compte en millions d’années, tandis que notre évolution technologique se fait à une vitesse folle, qui se compte plutôt en mois.  Nous disposons d’un cerveau de l’ère paléontologique pour gérer une technologie de démiurges. Voyons notre situation actuelle : l’effroi, la panique, le stress immense que ressentent certains auraient eu un sens si ce danger nous avait menacé il y a quelques millénaires. Aujourd’hui, nous avons des institutions[1], des techniques, des installations sanitaires (certes saturées, mais bien là) et des hommes et femmes qualifiés et dévoués (encore et toujours merci au personnel soignant) qui nous permettront de sortir de l’épreuve je n’en doute pas de façon spectaculaire.

Revenons à notre cerveau préhistorique. L’issue de son calcul statistique est une décision : avoir peur, se réjouir, être triste … Voilà comment se fabrique notre émotion.
Vous comprenez qu’elle n’est pas le fait de l’événement, mais du traitement statistique qu’en fait notre cerveau. Et c’est là réside notre liberté : nous pouvons choisir de lui fournir les meilleures données possible. Ce qui revient, au quotidien, à noter chaque petite – et grande – occurrence positive. C’est ce que d’aucuns[2] appellent la gratitude de la douche chaude. Car je pense que vous tous qui me lisez bénéficiez de cette bénédiction qu’est l’eau courante, et chaude de surcroît. Et de savon. Et de nourriture abondante. Et pour la plupart aujourd’hui de soleil, de chants d’oiseaux, de rires (si si, on rit beaucoup en ce moment), de musique, de belles histoires trouvées dans les livres ou dans les films. Et en chaque jour de notre vie, de telles merveilles existent. Alors assurez-vous que votre cerveau les enregistre, en leur portant une attention particulière. (Pour ma part je les note chaque soir dans un carnet). Et comme vous avez depuis hier affiné votre registre d’émotions, vous en avez plus à proposer à votre cerveau, qui sera ainsi plus subtile dans ce qu’il vous rétrocèdera. Et au lieu d’être victime d’une grande peur qui vous prend aux tripes, vous pourrez par exemple ne subir qu’une petite anxiété passagère. La joie en revanche, toute la gamme de contentement, de gaieté, de plaisir, d’entrain, de jubilation, de félicité, de volupté, sera présente en bien plus grande quantité.

Et voilà, pour vous convaincre du pouvoir que vous avez sur vous-même, l’exercice du jour :

Exercice n°5 : La bascule des anticipations

  1. Choisissez une situation, un sujet, où vous vous sentez coincés (sans espoir, peur, frustration …). Puis suivez les étapes de 2 à 9, tranquillement. Prenez le temps.
  2. Que ressentez-vous à ce sujet ? ( nommez la ou les émotions, aussi finement que possible). Qu’est-ce que votre corps vous dit?
  3. Que pensez-vous qu’il va advenir de cette situation? Et si c’est le cas, quelles seront les conséquences?
  4. Quel est le contexte, quels sont les souvenirs d’expériences antérieures qui vous font prédire ça?
  5. A la place, qu’aimeriez-vous qu’il se passe ?  (pour vous, pas pour quelqu’un d’autre, c’est de vos anticipations qu’il s’agit)
  6. Pour que cela arrive,  qu’avez-vous besoin de prédire, de vous et de vos capacités (pas de choses extérieures à vous)?
  7. Dans quelle situation avez-vous, par le passé, été conforme à cette prédiction ? Revivez en esprit l’une de ces situations.
  8. Quelles sont les émotions que vous ressentez maintenant?
  9. Quelles actions pouvez-vous mener concrètement, maintenant, à partir de ces émotions?

Allez-y!


[1] Qui, bien qu’imparfaites, sont ce qu’on a trouvé de moins pire, et qu’il faudrait à mon sens louer plutôt que blâmer. Et cesser de critiquer l’action d’un gouvernement qui fait face à une situation inconnue et inimaginable. Et qui ne le fait pas si mal. Une fois de plus, je remercie la vie de me faire vivre dans ce pays béni qu’est la France.

[2] J’ai lu cette expression quelque part et en ai malheureusement oublié l’auteur. Qu’il me pardonne. J’ai moi-même une classification des meilleurs douches chaudes de ma vie.

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