L’hiver sans saboteur

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Je vous ai déjà parlé de la légèreté du printemps (https://paulinecharneau.com/2013/04/19/a-tribute-to-ella-f), de l’intensité de l’été (https://paulinecharneau.com/2013/07/31/belle-ete-a-tous/), de l’énergie de l’automne (https://paulinecharneau.com/2013/09/13/quand-je-serai-grande/) mais jamais encore de la tendre promesse de l’hiver.

 Comme une promesse

 Le voici apparaissant à pas de loup, hésitant, inquiet. La tour Eiffel a la tête dans la brume certaines nuits et renaît dans son entière splendeur au matin. Des trombes d’eau s’abattent ça et là, encore automnales. Les rues se sont parées de leurs décorations clignotantes comme pour attirer le froid qui tarde à venir. Mais enfin les prémices sont là, nous avons eu froid quelques jours, et les bonnets et les écharpes sont enfin venus transformer l’hiver en aventure.

Cette grisaille gelée, typique du nord de l’Europe auquel Paris semble bien appartenir (de ce point de vue-là au moins) peut sembler bien triste à certains. A moi pourtant, elle chante en sourdine un petit air joyeux. Réminiscence de mes noëls d’enfant, borne d’arrivée d’une année qui se termine, creux qui annonce un sommet, elle comprime en elle bien des promesses, et promet bien des élans.

 

Bien sûr elle nous exhorte à la passivité, décourage le mouvement, mais fait naître autre chose, de plus intime et aussi plus profond. Ce n’est pas la folle légèreté du printemps qui pourtant viendra vite ni la lumière éclatante de cet été qui fait tout advenir, mais dans sa pénombre, l’hiver prépare la vie. Cette fatigue, ce ralentissement, cette envie de se blottir au chaud semblent là pour mieux nous forcer à nous reconstituer, à nous recentrer sur nous-même, à nous nourrir pour laisser exploser plus tard l’énergie accumulée.

 La saison de la bienveillance

 Pour cela, il faut vivre ces mois froids avec bienveillance et amour. C’est à cela que je voudrais vous convier aujourd’hui.

Et je vous propose de commencer par vous-même. Parce qu’il fait froid, que les journées sont courtes, que le réveil est douloureux pour nombre d’entre nous, parce que notre corps voudrait s’endormir quand la nuit tombe pour ne s’animer à nouveau qu’à la réapparition de la lumière, quand nous le forçons à se mouvoir dans l’obscurité qui l’accueille au réveil et qui sera encore là de longues heures avant le coucher, pour cela, soyons doux avec lui.

Mais aussi parce que, chrétien ou pas, cette période de l’année porte l’espoir d’une naissance, et que, bien avant celle du Christ, était célébrée, au solstice d’hiver, celle de l’année à venir. Parce qu’au plus profond des ténèbres, on fêtait déjà il y a 2000 ans la lumière à revenir et le blé qui en germerait, et qu’aujourd’hui encore, on trouve sur certains marchés de France, à Noël, des petits pots de grains de blé prêts à germer qui porteront bonheur à leurs acquéreurs.

Pour cet espoir à faire naître, pour cette esquisse à réchauffer, pour tout ce qui s’annonce de si prometteur mais d’encore si fragile, c’est le moment de déployer sa tendresse et sa douceur.

C’est le moment de se lover dans un gros pull, de faire crépiter les bûches dans l’âtre, de faire fondre du chocolat dans un bol de lait chaud, d’écouter des crooners nous susurrer des chants de Noël ou nos enfants s’entraîner à jouer « vive le vent » au piano, de décorer le sapin, de planter des clous de girofle dans les oranges, de fabriquer des petits sablés à décorer de perles de sucre, de faire des collages des cadeaux dont vous rêvez, mais surtout, de veiller sur vous-même avec bienveillance.

 Pas de place pour le saboteur au pied du sapin

C’est le moment de regarder votre saboteur en face et de le sommer de quitter les lieux, le moment de voir tout ce qui porte en vous les germes de votre grandeur, d’entreprendre cette chose qui vous fait si peur et si envie en même temps. Et de le faire avec simplicité et courage, en croyant à votre rêve et en le nourrissant de votre chaleur, en le prenant par la main pour qu’il reste tout près de vous. Le sentez-vous ?

S’il est encore un peu désincarné, flou, lointain, étoffez le d’abord. Peut-être lui avez-vous (malgré mes recommandations https://paulinecharneau.com/2014/06/05/oser-rever/) accordé tellement peu d’attention récemment que vous l’avez perdu de vue, que vous ne savez pas où le dénicher, que peut-être même vous ne le reconnaîtriez pas si vous veniez à le croiser.

Alors il vous faut aller chercher, dans le grenier de votre mémoire, les souvenirs qu’il y a laissés. Et petit à petit, le voilà qui reprend visage et corps, que ses couleurs se précisent, que sa musique se fait entendre. Approchez-vous doucement, observez-le, gravez ses traits dans votre esprit et dans votre coeur, apprivoisez-le à nouveau s’il était revenu à l’état sauvage. Là. Maintenant prenez-lui la main et ne la lâchez plus. Demandez-lui de vous accompagner désormais en tout lieu, et faites en sorte qu’il soit à vos côtés pendant ces longues nuits d’hiver.

Mais voyez aussi que pour vous assurer de sa présence, il vous faut sans doute faire quelques sacrifices, renoncer à l’une ou l’autre fantaisie, accepter certaines contraintes. Et pour être sûr que ce n’est pas votre saboteur qui reprend la main, qui tente de vous éloigner de votre rêve, vérifiez que vous vous en rapprochez bien par vos petits renoncements, que vous donnez ainsi à votre vie un sens qui lui manquait peut-être un peu.

Alors vous sentirez votre Grand Moi s’étirer et sourire. L’hiver lui convient bien, pour prendre des forces avant l’été. Bel hiver à tous !

Fait ou parfait?

illustration parfait

J’ai lu récemment qu’il était écrit sur les murs (réels) des bureaux de Facebook « Better done than perfect ». Comme une contradiction entre l’action et la perfection. Comme si la deuxième rendait impossible la première. C’est un appel au passage à l’acte, à la prise de risque.

Si je tente une traduction, cela donne quelque chose comme « fait plutôt que parfait ». Et cela me fais comprendre le lien entre les deux. Parfait, c’est « plus que fait » en quelque sorte. C’est une exigence du faire. Pas de contradiction, mais un cran au-dessus.

 Et pourtant je saisis parfaitement l’idée sous-jacente de la version anglaise, qui voudrait que la recherche de la perfection soit la voie royale de l’immobilisme.

Deux perfections

 De quelle perfection parle-t-on ? Celle d’une sonate de Mozart, d’un tableau de Raphaël, d’une phrase de Proust ? Ceux-là n’ont pas reculé, et ils ont même beaucoup « fait ».

Mais il existe une autre perfection, beaucoup moins généreuse, qui ne donne rien au monde, et qui n’a de raison d’être que de parer à la critique, voire de glaner les compliments. Une perfection un peu stérile, petite bourgeoise, qui s’enorgueillit d’elle-même et méprise le reste du monde. C’est celle de la femme tirée à quatre épingles, à la coiffure impeccable, aux ongles parfaitement manucurés, qui ne se meut qu’avec précaution, de peur de froisser sa robe ou déranger ses cheveux. La perfection d’un intérieur trop bien rangé, presque déserté par la vie qu’y auraient mis quelques livres ou vêtements chers aux occupants des lieux. La perfection aussi d’un dîner si joli, aux assiettes dressées avec minutie, mais que le corset des convenances rend insipide. La perfection encore d’un document tiré au cordeau, au plan limpide et à l’écriture recherchée, mais un peu lénifiant et finalement sans grand impact.

Cette perfection-là donc garde tout pour elle. Le compliment poli est sa raison d’être, la domination aussi parfois. Elle est une sorte de leçon donnée aux autres, avec un peu de suffisance.

Donc deux perfections. Une généreuse, celle du génie offrant au monde la joie, et l’autre égoïste, qui au contraire prend au monde pour nourrir son égo (et je me rends compte que la deuxième est incomplète, donc … imparfaite. La véritable perfection ne vient sans doute que du génie. Mais considérons l’autre aussi, nous sommes plus nombreux à être concernés).

Egalement menaçantes

 Les deux ont l’effet terriblement pervers de pétrifier les moins sûrs d’eux, dominés par leur saboteur. En effet, pensant ne pas pouvoir atteindre la perfection, ils préfèrent s’abstenir complètement, se privant ainsi du bonheur de faire, qui suffit souvent à une vie épanouie. Car bien que n’étant ni Raphaël ni Proust, nombreux sont qui peuvent néanmoins trouver un bonheur immense à peindre ou écrire, le chemin de l’épanouissement ne croisant pas nécessairement celui de la réussite éclatante (je retrouve ici l’idée développée dans un article précédent https://paulinecharneau.com/2013/11/20/la-dame-au-chevalet/).

L’imperfection créatrice

 Mais bien sûr, si vous avez été élevé comme moi, vous gardez au fond de vous un degré d’exigence auquel vous trouvez une sorte de panache. J’ai récemment passé un examen écrit à l’issue d’un cursus dans une école anglo-saxonne. Il nous était dit de ne pas accorder d’importance à l’orthographe ou à la grammaire, que cela n’interviendrait pas dans la notation finale. Mon fond perfectionniste s’est soulevé d’indignation, le massacre d’une langue étant pour lui une manifestation flagrante d’un manque de rigueur et d’exigence, avec pour conséquence beaucoup d’approximations, voire de contresens.

Une autre partie de moi a volontiers accepté l’idée que certaines personnes qui avaient suivi cet enseignement avaient eu le courage de le faire dans une langue qui n’était pas la leur (alors que j’avais quant à moi soigneusement procrastiné jusqu’à ce que le programme soit offert en français, alors même que mes compétences en anglais m’auraient permis de le suivre dans cette langue), qu’ils avaient comme moi investi du temps et de l’argent dans cette aventure, mais avaient du consentir un effort supplémentaire admirable, et qu’il serait parfaitement injuste qu’ils soient pénalisés pour une faute d’accord qui n’aurait de toute façon AUCUN impact sur leurs qualités de coachs.

Je me suis même laissée aller à soigner un peu moins mon expression que d’habitude, juste pour voir, avec une espèce de griserie de la chose défendue, un peu immorale.

Et bien la conséquence a été … une plus grande rapidité. J’ai gagné une heure, que j’ai pu consacrer à d’autres choses plus enrichissantes, et je crois vraiment que cela n’a rien changé à la compréhension de mes réponses par l’examinateur.

C’était fait, pas parfaitement, mais si l’imperfection avait été exclue, certains de mes camarades n’auraient pas pu bénéficier de cette formation pourtant très enrichissante, et moi j’y aurais gâché un temps précieux. En ce sens, cette autorisation de l’imperfection a été créatrice d’opportunités. A l’inverse, le sacrifice de la perfection n’a rien retiré à l’ensemble.

 La perfection, une créature du saboteur

Si je vous parle de cela aujourd’hui, c’est pour dire à tous ceux qui sont aux prises avec leur saboteur (voir dans cette rubrique https://paulinecharneau.com/2013/05/29/quand-la-peur-devient-notre-alliee/) que la recherche de perfection est une de ses armes préférées. « Il faut que ce soit parfait » va-t-il vous murmurer dès que vous envisagerez d’entreprendre quelque chose, avec d’immenses chances de vous éloigner ainsi durablement du projet.

Alors interrogez-vous sur l’importance réelle de la perfection pour vous. Quelle place prend-elle dans votre vie ? Quelle signification a-t-elle ? Quelle satisfaction vous apporte-t-elle, quel désagrément voyez-vous à son absence ? Expérimentez en zone de confiance : soyez imparfait là où vous savez être parfait, et observez. Puis progressez vers des zones moins sûres, où l’imperfection s’impose à vous. Que se passe-t-il ? Sauf à avoir une valeur perfection forte (pour comprendre ce que j’appelle valeur, voyez https://paulinecharneau.com/2013/01/09/valeur-ciel-bleu/) vous découvrirez probablement que vous étiez capable de beaucoup plus de choses que vous ne le pensiez, et que votre imperfection ne s’est pas mise en travers de votre épanouissement, bien au contraire. Il est bien possible que vous ayez déchiré des voiles, découvert des horizons, mis en marche de nouveaux désirs et de nouvelles joies.

On est toujours l’imparfait de quelqu’un

Et pour achever, je l’espère, de vous convaincre, je vous confie encore une anecdote. Elle témoigne que l’on est en réalité toujours l’imparfait de quelqu’un, et que cette quête de perfection est vaine, sauf peut-être pour un génie par siècle :

Si je me suis autorisée une rédaction approximative dans la situation évoquée plus haut, il m’arrive aussi d’aspirer à une sorte de perfection, pour la beauté de la chose et pour ce qu’elle pourrait avoir de convaincant. C’est ainsi que j’ai récemment livré un texte qui me paraissait d’assez bonne facture, et qu’il m’est revenu amicalement corrigé par une plume plus acérée que la mienne. Ces annotations, au demeurant généreuses dans leur intention, m’ont fait un instant douter du bien fondé de mes activités d’écriture.

Je me suis échappée de ce piège en me souvenant de mes motivations à écrire, à tout le moins à écrire ces choses-là, qui ne sont pas celles d’offrir une grande œuvre littéraire au monde, mais de participer à sa compréhension et à sa connaissance. La crainte de l’imperfection a disparu en changeant de perspective.

Et tant pis si j’utilise trop de virgules et si mes phrases sont trop longues. Votre assiduité à me lire suffit à me conforter dans mon imperfection !

 

 

La dame au chevalet

Revenons au Grand Moi. Son rôle est de nous mettre sur le chemin de l’épanouissement. Et celui-ci ne se trouve pas nécessairement dans le succès éclatant, dans l’enrichissement ou la renommée. Un tout petit épisode de ma vie me semble bien illustrer cette proposition :

J’étais il y a quelques jours dans un musée. Je vois dans une salle, puis dans une autre et une autre encore, des femmes, installées chacune devant un chevalet et peignant. Je passe derrière l’une d’elles en train de copier un paysage de Derain. Et moi de juger in petto : c’est moche!

Évidemment, copier pour moi n’est pas une tâche noble, et la dame n’étant pas faussaire, sa toile n’arrivait pas à la cheville de l’original. Donc double mépris de ma part : non seulement elle copie, mais elle copie mal.

Ce mépris me semble-t-il est une façon de tenir à distance une chose qui ne m’est pas familière, voire qui me dérange. Un acte de sabotage en quelque sorte :

Cette dame a le courage de s’installer un samedi après-midi dans un grand musée parisien, sait qu’elle va être scrutée et jugée, et surmonte l’appréhension qui pourrait en naître pour se livrer à sa passion. Impressionnant en réalité. Et voilà qui m’oblige à m’interroger : que fais-je moi, de si courageux, pour être fidèle à mes passions ?

Si je persiste dans mon mépris (jugement : elle peint mal), j’évite d’approfondir la réflexion. La pensée me traverse, ne s’arrête pas, laisse sans doute derrière elle, malgré tout, un petit arrière goût pas très glorieux. Quelques gouttes d’acide, qui, venant s’ajouter à toutes les autres, pourraient cependant un jour se révéler fatales.

Mais si je vois de quoi ce mépris tâchait de m’éloigner, et que je l’écarte comme un rideau qui me cache le jour, je peux regarder vraiment et trouver quelques richesses : cette dame donc consacre ses samedis après-midi à peindre (si elle le fait le samedi, c’est sans doute qu’elle travaille le reste de la semaine). Premier courage admirable : ne pas passer son samedi à quelque futilité, reposante sur l’instant mais à terme frustrante par sa vacuité, bref ne pas céder à la facilité. Soyons honnêtes, nous ne sommes sans doute pas très nombreux à avoir ce courage.

Revenons à la dame. Son exercice n’était pas si sot en réalité. Il permet sans doute d’affiner sa technique et de comprendre beaucoup de choses sur soi en tant que peintre.

Et puis ce n’était pas si mal ce qu’elle faisait. Sa peinture n’était pas plus mauvaise, comparée à celle de Derain, que mon écriture comparée à celle de Proust, sans doute bien meilleure! Et en tout cas, elle a surmonté son saboteur pour s’épanouir dans sa passion.

Et voilà que, débarrassée du jugement acide, je verse dans l’admiration, émotion chaude et gratifiante, et que par analogie, je me sens pousser des ailes pour voler vers mes passions.

Voyons ce que ce vol m’apportera : je pense, avec les coachs, que le chemin est aussi important que le but à atteindre. En effet, le plaisir d’avoir mené un projet à son terme, ou d’avoir obtenu quelque chose de longtemps désiré, est en réalité très court, et souvent plus faible que nous ne l’imaginions. En revanche, l’épanouissement, la jouissance que peut nous procurer la poursuite du but, la certitude d’être sur le bon chemin, la beauté du voyage, sont des plaisirs durables, plus forts que les difficultés qu’ils peuvent engendrer, que les efforts qu’ils demandent et que la peur liée aux risques qu’ils font prendre.

Tiens, mon fils rentre. Lui poursuit un but sportif assez impressionnant. Le voilà qui m’explique à quel point il était « dans son truc » pendant les 16 kilomètres qu’il a parcouru cet après-midi en aviron. Bien sûr il aimerait obtenir un titre national. Mais ce qu’il vit chaque jour pour s’en donner les moyens, la plénitude que lui procurent le dépassement de soi et le travail en équipe l’auront épanoui plus profondément qu’une médaille vite oubliée. Si bien qu’il déploie des trésors de courage pour s’entraîner par tous les temps, 6 jours par semaine, se levant à l’aube le dimanche, renonçant aux vacances, aux voyages qu’il aimait tant, pour maintenir ce qui est la clé de son épanouissement.

Cette force nous l’avons tous, mais il nous faut combattre bien des saboteurs et nourrir sans relâche notre Grand Moi pour trouver le courage de se demander : qu’est-ce que je veux vraiment ? Car vous l’avez compris, il est beaucoup question de courage pour trouver notre chemin vers l’épanouissement.

 

Grand Moi, ou petite fée, deuxième!

Ce lundi au soleil nous a valu une jolie contribution, témoignage d’un Grand Moi plein de promesses de bonheur. Merci Sabine! Et chers lecteurs, devenez contributeurs, pour le bonheur de tous!

« Quelle jolie petite fée. 
Depuis que j’ai lu l’histoire de cette petite fée (https://paulinecharneau.wordpress.com/2013/10/04/cest-une-petite-fee/), la mienne me titille ma main droite pour que je prenne ma plume. 
Elle est gaie, joyeuse, pleine de vie, elle aime faire la fête, danser et puis rire. Elle ne recherche que l’amour, le bonheur, la joie. Sa quête du bonheur est communicative, elle ne pense qu’à rendre ce monde meilleur. Elle essaie de trouver le bonheur partout, n’importe où, cette recherche du bonheur est infini, mais c’est surtout une force, une énergie inépuisable qui la guide vers cette chasse au bonheur. Peut être même un besoin de se rassurer à travers des souvenirs d’enfance, des odeurs, des musiques, des objets, des visages, des situations qui lui apportent un instant de plaisir furtif mais bon! C’est ce qui la fait avancer! Un pas en arrière pour trois pas en avant. Mais ce n est pas son saboteur qui l’empêche de le faire, non, chaque fois qu’elle prend son envol pour partir à la recherche d’une belle émotion, les Autres s’accrochent à sa jolie robe, puis à sa traine et la ramène sur terre, brutalement, vigoureusement. Je ne sais pas qui a écrit l’enfer c’est les autres, mais je pense qu’il faudrait s’y attarder un jour.
 Voila, ma pauvre petite fée est courageuse, combattante, sa mission d’offrir la joie et l’amour sont sa force et les autres n’arriveront pas à l’abattre  même si elle commence à réaliser que les années passant son énergie disparaît à petit feu! 
Voila! Ma petite fée est heureuse que je vous ai dévoilé son existence et avec ce beau ciel bleu à l’horizon je vais l’accompagner ce matin pour un petit vol de bonheur……
A bientôt »

Sabine

C’est une petite fée

fée pour blog

 

C’est une petite fée. Légère, gaie, active, bienveillante.

Légère, bien plus légère que moi, presque comme un enfant, et comme un enfant elle ne se déplace qu’en sautillant, dans un mouvement bien plus rapide que mon pas parfois fatigué, et toujours ralenti par mes pensées, mes paquets ou mes souliers. Elle va pieds nus, mais ses pieds restent doux. Elle n’est habillée que d’une robe légère qui virevolte, mais elle n’a jamais froid.

Gaie, plus que notre vie bien sérieuse ne nous en donne l’habitude, elle a le sourire aux lèvres, parfois simple esquisse, parfois au bord du rire, qui, quand il éclate, n’est jamais ironique, mais l’expression d’un trop plein de joie qui jaillit et illumine, en petites étincelles dorées, ceux qui la croisent.

Active, rien ne l’effraie, rien ne l’arrête. Mon rythme placide parfois l’étonne. Elle fait, elle combine, elle déplace, elle organise. Les choses prennent forme entre ses mains, les objets naissent, les situations se créent, les gens se rencontrent.

Et bienveillante, elle s’ouvre à tous et croit en tous, quand bien souvent je juge, je classe et j’estampille. Avec elle chacun s’ouvre et dévoile, à lui-même et aux autres, le meilleur de sa personne.

Et tel un personnage mythologique, elle prend les formes qui la servent : parfois chêne puissant, elle prend racine loin dans la terre et sa sève nourrit un corps massif et de longues et nombreuses branches. A son pied une herbe dense et tendre, et la voilà abri, lieu de repos ou de méditation, source d’énergie.

Aussi colonne de feu, elle réchauffe mon corps. Feu ami, qui ne brûle pas mais décuple mes forces.

Orchestre symphonique, elle joue mes opéras préférés jusqu’à ce que je me mette à danser, à chanter, et que le gris du ciel soit effacé.

Danseuse étoile, la perfection de son geste, la précision inouïe de son corps, maîtrise absolue qui crée la beauté absolue, me soulèvent, me ravissent, me donnent foi en la vie.

Elle est bien sûre jalousée, guettée par les importuns, son chemin est semé de chausse-trappes. Elle est merveilleuse mais menacée. Parfois, fatiguée, elle se retire ; cela peut-être très loin comme tout près, pour quelques secondes ou quelques années. Mais je commence à la comprendre, à savoir comment la faire revenir. Elle m’échappe encore parfois, n’est-ce pas le propre des fées ?

Vous avez compris que son pire ennemi était mon saboteur, et qu’elle était mon Grand Moi.

A vous !

Place au Grand Moi

Je voudrais encore une fois saluer les auteurs de portraits de saboteurs. Je sais qu’en se prêtant à cet exercice, ils ont beaucoup appris sur eux-mêmes, mais ont aussi beaucoup appris aux autres et nourri bien des réflexions. Qu’ils en soient remerciés.
Je ne vais pas clore l’ère du saboteur, car certains m’ont promis qu’ils allaient bientôt nous faire cadeau du leur, mais je voudrais vous présenter celui qui prendra de plus en plus de place au fur et à mesure que vous aurez fait perdre de la puissance à votre saboteur : le Grand Moi.

Chacun de nous connaît, à des degrés divers, son saboteur. Aucun d’entre vous ne m’a dit ou écrit qu’il ne comprenait pas du tout de quoi il s’agissait (pour mémoire pour ceux qui prennent la chose en cours de route : https://paulinecharneau.wordpress.com/2013/05/21/et-si-la-paresse-cachait-la-peur/).

Et je sais que nombreux sont ceux qui, bien que ne se croyant pas capable d’en écrire le portrait (quelle belle illustration, quel ultime combat du saboteur qui parvient à censurer toute tentative de biographie !), nombreux donc ceux qui en ont suivi cet été le feuilleton et se sont sentis intimement concernés.

Un personnage moins facile à révéler est le Grand Moi (en anglais magnificient self, ça a plus de souffle mais supporte mal la traduction…).

Mais enfin, gardons l’idée qu’il s’agit de quelqu’un de magnifique. Bien sûr notre éducation dite judéo-chrétienne, dont l’éducation nationale républicaine assure fort activement la continuité, puis les grandes organisations dans lesquelles nous pouvons être amenés à travailler ou dont nous allons être client ou prestataire, les administrations, notre entourage social, amical et familial, bref tout ce qui fait de nous un être connecté à d’autres, tout cela conspire à nous cantonner à un « sous-moi » discret, sans prétention, écrasé par le regard et l’expérience des aînés. Et ainsi se fabrique notre saboteur. Notez que le saboteur est le fruit d’une culture, qu’il est un personnage que nous pouvons extérioriser, presque mettre à la porte, une sorte de parasite du moi.

En revanche, notre Grand Moi est en nous depuis l’origine, et bien à nous. Bonne nouvelle! En particulier pour ceux qui, ayant personnifié leur saboteur, l’ont en partie déboulonné. Ils sentent en eux se réveiller, s’épanouir et se dilater ce qu’ils ont de magnifique. (Là, certains d’entre vous ricanent. Ils sont encore sous la domination de leur saboteur.)

Nous avons tous, vous avez tous, un Grand Moi bourré de talent et d’énergie. Celui qui vous permet de convaincre vos clients, de jouer une sonate de Mozart, de revisiter le gigot de 7 heures, d’écrire un poème, de motiver votre équipe, de trouver la solution du problème, de guider un être perdu, de faire un bouquet sublime, de faire rire, d’enseigner…

Imaginez-vous débarrassés de vos doutes. Qu’en feriez-vous ? Que feriez-vous si vous n’aviez pas peur ? Je vous ai déjà posé la question il y a quelques mois. Mais après que vous avez tordu le cou de votre saboteur, le panorama des possibles a dû s’élargir de façon spectaculaire et vous voilà prêts à laisser la place à votre Grand Moi.

Je vous propose donc, pour contrarier l’automne, sa grisaille et ses frimas, de vous atteler à son portrait! Décrivez la plus belle part de vous-même, celle qui vous mène à vos plus belles actions, idées, intuitions. Ce Grand Moi qui fait que vous vous sentez fort, solide, ancré, mais aussi créatif, généreux, curieux, en mouvement. Qui, comme cela m’arrive à l’instant précis où j’écris sur lui, vous donne des fourmis dans les mains et les pieds, fait battre votre cœur plus vite, active des millions de connections neuronales, vous fait oublier la faim, la fatigue, le manque d’argent, le manque de temps, l’heure de l’école, l’heure de dormir.

Le décrire, en parler, écrire sur lui vous fera d’abord renouer avec lui, trouver le lieu en vous où peut-être il restait tapi, recroquevillé, attendant son heure. Puis vous verrez que son contact va dégager de nouveaux horizons, vous faire changer de dimension, presque de nature. Et  je défie quiconque de ne pas se sentir plus heureux et plus fort à la fin de cet exercice. Pouvez-vous vous refuser cela ?

Ce serait merveilleux d’en faire profiter notre petite communauté de lecteurs, selon les mêmes modalités que le saboteur : vous écrivez, vous postez directement sur le blog (je vous rappelle que les pseudos sont autorisés !) ou vous m’envoyez le texte que je publie anonymement. Merci d’avance pour cette nouvelle saison de coaching interactif ! Et que ceux qui ont hésité à écrire leur saboteur se lance avec leur Grand Moi !

Saboteur n°6

Pour découvrir le concept du saboteur, je vous suggère de lire d’abord mon article introductif :

https://paulinecharneau.wordpress.com/2013/05/29/quand-la-peur-devient-notre-alliee/

Je vous rappelle que cette galerie de portraits de saboteur est une contribution courageuse des lecteurs. (Voir  https://paulinecharneau.wordpress.com/2013/07/05/le-saboteur-de-lete-lancement/)

 

Encore un merveilleux saboteur, la compétition sera rude!

 » Chaque matin, lorsque je me retrouve face au miroir de la salle de bains, il est là, face à moi, mon saboteur. Je vois, je surveille les mouvements de mes deux mains, posées sur le rebord du lavabo ou manipulant rasoir, brosse à dents et autres compagnons des premières heures du jour. Ces deux mains, je ne les quitte pas du regard, je semble les maitriser, contrôlant chaque déplacement, imposant la saisie d’un objet ou d’un autre.  Pourtant, c’est bien moi qui tient si fortement, au dépend de mes deux mains surveillées, ce stylet fiché dans mon dos (Dans ton dos ! arête ton cinéma, dans ta tête oui !!) et qui pénètre une plaie ouverte, une blessure qui ne cicatrise jamais et que j’avive si cruellement à mes corps et esprit défendant.

Qui d’autre que moi glissait déjà à mon esprit que la nuit n’avait pas apaisé, pourquoi te lever, à quoi bon ; que feras-tu de cette journée, que peux-tu en faire, d’ailleurs, que sais-tu faire, pas grand-chose, tu ferais mieux de rester au fond de ton lit. Sabotage ! Mais, me voilà debout, devant ma glace et mes dents brossées, mon haleine devrait être fraîche (tu vois, je peux l’emporter).

Cette petite musique vénéneuse que je me chante à moi-même sur l’air de tu n’es pas à ta place, et qui se décline en tu ne sais pas, tu ne peux pas, tu n’as rien à dire ad libitum…..

Mon saboteur m’en écrit la partition et je la reprends sans parvenir à changer des mots que je ne connais que trop bien pour en être l’auteur saboteur (si au moins, c’était bien écrit me glisse perfidement ce salopard !).

Connaissez-vous ce tremblement du doigt à l’instant qui précède l’envoi d’ un mail, Je m’écoute me saboter ; il me le dit, je me le souffle;  je ne peux qu’avoir  oublié quelque chose, un élément essentiel, je vais me tromper, je je…… puis le mail part néanmoins (tiens, prends-ça !), je m’accroche une seconde, troublé d’avoir percé la cuirasse résistante du saboteur sans que ce coup porté ne me blesse; je ne vois alors plus aucune raison de plonger, de me cacher sous mon bureau à attendre une déflagration nucléaire qui n’arrivera pas (aurais-je un instant saboté le saboteur).

Il n’y a pas de victoire dans la lutte quotidienne contre le saboteur –chaque nuit, Saint Antoine chassait à nouveau les visions qui l’assaillaient – un perpétuel recommencement avec avancées et défaites.

Terribles jours de défaites, ce sont alors la mémoire, la capacité de discernement, l’attention qui, par leur trahison, amplifient la déroute. Le sabotage devient sabordage.  Jours heureusement rares ; ordinairement, le siège mené avec de nouvelles armes que je lui confectionne (mais oui, c’est toi qui me les donnes) mais, que je contiens simplement en avançant, en le doublant, en me dépassant (tu crois vraiment ?).

Ne suis-je pas le seul à pouvoir vaincre ce terrible arsenal que je lui fourbis sous le masque du saboteur.

Savoir cela, est-ce assez ? Qui vaincra, lui ou moi, lui en moi ? Il instille ce doute empoisonné, visant à lui donner la solidité d’une certitude ; crois-tu vraiment pouvoir te surmonter (peu de chances); crois-tu en être capable (moi, je ne le pense pas, réponds !); pourquoi écrire ce texte (tu sais bien que tu n’as rien à dire); abrège (c’est laborieux), cesse (ce serait tellement plus rapide); tu perds ton temps (sans importance) et plus grave, celui de tes éventuels futurs lecteurs (rassure toi, il n’y en aura pas !!). Je m’entends, je l’entends, je nous entends. Vais-je écouter ?

J’appuis sur la touche « envoi » du mail et m’en vais me baigner. »

Saboteur n°5

 

Pour découvrir le concept du saboteur, je vous suggère de lire d’abord mon article introductif :

https://paulinecharneau.wordpress.com/2013/05/29/quand-la-peur-devient-notre-alliee/

Je vous rappelle que cette galerie de portraits de saboteur est une contribution courageuse des lecteurs. (Voir  https://paulinecharneau.wordpress.com/2013/07/05/le-saboteur-de-lete-lancement/)

 

Un nouveau beau portrait de saboteur! Merci à son auteur et bonne lecture à tous:

« Mon Saboteur a une voix doucereuse. Et un rire de gorge. Et de grandes dents. « C’est pour mieux te croquer, mon enfant. »

Sorte de Jiminy Cricket au sourire aigre, Cassandre toujours assurée de ses prophéties, à jamais perché sur mon épaule, il prédit ou commente mes échecs annoncés et mes tentatives avortées. Mes grandes résolutions jamais tenues. Mes attentes irréalistes et mes projets fumeux, me confirme-t-il.

Il sait ce qui est « bon pour moi ».

Depuis quand squatte-t-il mon épaule ? Depuis toujours. En tout cas depuis que je suis en âge de le comprendre. Ma date de naissance est son millésime, son label de qualité : « Saboteur depuis 1976 » pourrait-il faire graver sur son plastron. Son arme la plus redoutable est la culpabilisation,  qu’il manie mieux qu’un sabre laser.

Mon Saboteur, ou Sab’ comme j’aime à l’appeler (puisque nous sommes de vieilles connaissances), est exigeant. « Paresseuse »,  « dilettante », « imposteur », sont les noms d’oiseaux dont il m’affuble. Il méprise les futilités qui me mobilisent, m’invitant à plus d’élévation intellectuelle, de rigueur morale et autres grandiloquences qui ne souffrent pas la médiocrité dans laquelle je me complairais sans lui. Du moins c’est ce qu’il affirme. Il me persuade que grâce à lui, j’ai l’air un peu mieux que moi-même.

Et dans le creux de mon oreille il me susurre son mantra: « tant que tu ne touches à rien, il est encore possible que ce soit bien. » Tant que je n’ai pas commencé (à préparer ma présentation pour une réunion, à faire du sport, à écrire le portrait de mon Saboteur…), la possibilité d’un résultat satisfaisant existe. Mais si je me lance (sur un malentendu…), mon Saboteur de ricaner tel un croupier de casino : « rien ne va plus, les jeux sont faits. » Rien ne va plus…

A mes « j’y arriverai » répondent ses « pour qui te prends-tu ? » ou « tu ne tromperas personne. »

Parfois je le musèle d’un lacet de chaussure, je le ligote au creux d’un tapis, je l’étouffe au fond d’un tiroir. Ainsi martyrisé, il sait bien pourtant que je ne suis pas dupe. Il reviendra. « Ta lucidité », s’auto-proclame-t-il, « ta clairvoyance ». Ma vérité sans fard. Il sait que je ne peux pas me passer de lui. « Trop ceci », « pas assez cela », il égrène mes défauts et mes insuffisances comme une grappe de raisin. Ou comme le directeur de casting de la Vache qui Rit. Autant de bonnes raisons de ne pas avancer.

Ses pires ennemis sont mes amis ou ma famille, qui souvent le renversent d’une chiquenaude.  Etonnamment efficace. Ca le calme pendant un moment.

Parfois c’est moi qui suis fatiguée de l’entendre. Il continue sa litanie mais c’est fini, je ne l’écoute plus. Au lieu de  « impossible », je décide de me dire « pourquoi pas ». Et c’est incroyable le pouvoir que peuvent exercer ces deux petits mots sur un Saboteur… »

Saboteur n°4

Pour découvrir le concept du saboteur, je vous suggère de lire d’abord mon article introductif :

https://paulinecharneau.wordpress.com/2013/05/29/quand-la-peur-devient-notre-alliee/

Je vous rappelle que cette galerie de portraits de saboteur est une contribution courageuse des lecteurs. (Voir  https://paulinecharneau.wordpress.com/2013/07/05/le-saboteur-de-lete-lancement/)

 

Et de 4! Merci à l’auteur, à son courage et à sa sincérité, pour ce nouveau portrait de saboteur.

« Mon saboteur,

Je le décrirais comme un microbe, ou plutôt comme une bactérie (le mot microbe est trop gentil) qui s’accroche et m’attaque comme pour me garder prisonnière de ses filets. Et pour ça je dois dire qu’il est très fort.

Il va me pousser à tout vérifier 15 fois, toutes les petites choses de mon quotidien, que ce soit un horaire de bus, un itinéraire ou même si entre 2 et 5 il y a 2 chiffres et non 3, non décidément 2. Tout un schmilblik me faisant perdre un temps fou pour des foutaises.

Mon saboteur a une passion pour les regards extérieurs, il accorde de l’importance à chacun d’eux. Je croise un inconnu dans la rue, qui ne m’aurait en réalité même pas remarquée mais mon saboteur me balance « hé oui tout le monde a vu que tu étais habillée comme un sac aujourd’hui ». Ou encore, contrairement à un très bon ami qui ne va certainement pas réfléchir au fait que la phrase que je viens de dire avait un intérêt particulier ou non, mon saboteur prend un malin plaisir à être attentif à chaque mot que je prononce, pointer du doigt la moindre maladresse et à me susurrer  » mais quelle phrase nulle, tu viens de dire, tout le monde va se moquer de toi ».

Si je le gérais mieux, il me pousserait en quelque sorte à donner le meilleur de moi-même mais cela ne s’arrête pas là car comme on le sait une bactérie est souvent envahissante, il m’oblige à faire attention à mes moindres actions, comme répéter une phrase dans ma tête avant de me dire finalement : « non ne dis rien ».

Parallèlement à cette recherche de perfection que je décrirais comme déjà pesante il me pousse aussi à être gentille. Cela pourrait passer pour une action positive de sa part, mais ce n’est malheureusement qu’en surface car lorsque l’on creuse un peu il m’incite à être trop gentille, afin de compenser cette confiance en moi qui me fait défaut. Refuser de rendre un service, même si cela ne m’arrange vraiment pas, est une réelle torture et, s’il m’arrive de défier mon saboteur et de refuser, je peux me blâmer plusieurs heures pour l’avoir fait. C’est ainsi qu’il me pousse finalement à me laisser marcher sur les pieds sans rouspéter. Je dois donc lutter en permanence pour voler de mes propres ailes et ne pas laisser cette bactérie me couper dans mon élan et être fière de l’avoir fait taire, ne serait ce qu’un peu.

Mais si la combattre lorsqu’il s’agit de ce qui se passe autour de moi, dans ma relation avec les autres par exemple, est déjà dur, la faire taire lorsqu’il s’agit de moi et mes capacités, c’est mission impossible.

Car cette bactérie a réussi à s’infiltrer dans toutes les parcelles de mon corps et bien évidemment de mon cerveau et à y diffuser l’idée que je n’étais pas assez bonne pour tout un tas de chose, pas assez intelligente pour réussir mon concours et qu’il vaut donc mieux laisser tomber. Il me souffle alors de ne pas me faire trop d’illusion afin de ne pas être déçue lorsque j’aurais probablement échoué.

Etant donné la façon dont je viens de vous le décrire on pourrait imaginer que mon saboteur est courageux mais que nenni, cette petite crapule de bactérie est une vraie trouillarde qui a peur de tout et sa méthode pour que je ne fasse rien qui sorte des sentiers battus est de me faire imaginer le pire des scénarios possible. Par exemple, lors de mon dernier voyage en voiture, j’ai croisé un autostoppeur, la jeune fille gentille que je suis aurais voulu pouvoir le prendre mais NON mon saboteur me lance ces pop-up bien à lui allant dans l’exagération la plus totale, me disant que « ce jeune homme aux allures gentilles peut être quelqu’un de très mauvais allant même jusqu’au tueur en série ». J’arrive à le raisonner et me dire que ce n’est bien évidemment pas un tueur mais je reste tout à fait incapable de le prendre dans ma voiture.

Pour résumer ma bactérie est un peu comme les petites garces que l’on croise dans la cour de récréation de l’école qui disent aux autres qu’ils sont moches, qui sont sûres d’elles au-delà du raisonnable et nous pousse donc à se remettre en question face à elles.

Je tenais à ajouter une petite note finale pour dire que oui mon saboteur prend pas mal de place dans ma vie, mais il ne m’empêche certainement pas de vivre. D’ailleurs on dit souvent (et je suis d’accord avec ce fait) que je suis une joie de vivre. Avec l’âge
et la maturité j’espère transformer cette bactérie en un microbe sans espérer pour autant le faire disparaitre complètement car une vie sans saboteur, ça serait franchement moins marrant. »

Saboteur n°3

Voici un nouveau saboteur, un grand merci à celui ou celle qui a eu le courage et l’énergie de le partager avec nous :

Toujours mieux, toujours plus
Je n’ai pas envie de personnifier mon saboteur, il est tour à tour inflexible comme une armure, rusé comme un singe, grandiloquent comme un juge.
C’est sans doute dire qu’il reste trop fort alors même que la maturité m’apprend à le connaitre, à parfois le faire taire et parfois en tirer parti, j’allais écrire à le maîtriser, il s’agit sans doute, en effet, avant tout d’une histoire de contrôle ! Je vais m’attarder sur deux traits dominants de mon saboteur personnel.
Je l’ai longtemps écouté me dire et me pousser à tout faire moi-même, seule façon me disait-il pour que ce soit bien fait.
Illustrons, plus jeune, si je recevais des amis à diner, il fallait impérativement que je confectionne l’intégralité du diner moi-même, seule façon de montrer à mes amis comme je les appréciais, et … probablement de recevoir quelques compliments pour flatter un peu une confiance en soi vacillante. Jusque-là, pas bien grave, mais en avançant, j’en ai bien sûr beaucoup fait pour mes enfants. Bien naturel me direz-vous ! Sauf lorsque cela va un peu loin et que vous réalisez, pleine de culpabilité (merci monsieur le Saboteur), que vous ne leur avez peut-être pas laissé suffisamment de champ libre pour l’expérimentation et avez l’impression de leur avoir un peu coupé les ailes, tout cela avec les meilleures intentions du monde. Car le saboteur est rusé. Alors que j’ai choisi, très consciemment croyais-je, de poursuivre une carrière professionnelle au fur et à mesure de la naissance de mes enfants, il s’est délecté à faire fonctionner cette culpabilité : « Allez, tu n’en fais pas assez pour eux, regarde le temps que tu consacres à ta boite, allez, si tu veux que ça marche, fais en plus à la maison ». Attention, ça ne marche pas si mal, mes enfants sont des joies de vivre, ouverts, certes, à ce jour, pas toujours des gros bosseurs mais ayant chacun leurs qualités et une intelligence vive qui leur permettront de trouver leur voie. C’est juste que je les voudrais plus sur d’eux, plus conquérants (que moi). Cela marche donc plutôt bien disais-je, mais essayer d’en faire le maximum tout le temps est épuisant et finit par me rendre râleuse, personne n’aime ça, ni moi, ni mes proches.
Contrôle et manque de confiance en soi, arme favorite du saboteur. Mon saboteur m’a longtemps fait croire que j’étais dépourvue « d’intelligence émotionnelle », que la seule bonne façon d’avancer était de réfléchir, de contrôler donc, sans écouter ce que vous disent vos tripes. Il m’a ainsi fallu pas mal de temps pour apprendre à en reconnaître l’existence et à l’écouter, la laisser s’exprimer. Mais, en plusieurs occasions, en racontant et échangeant sur des situations de tension ou d’émotion s’étant déroulées avec des proches ou des collaborateurs, je me suis aperçue que je pouvais en donner une interprétation dont je n’avais pas pris conscience avant de l’exprimer, interprétation plus fine et plus profonde que l’analyse cartésienne que je privilégie si souvent. Cela a été une vraie joie pour moi de réaliser que je portais cela en moi, et mon saboteur a perdu du terrain sur ce point. Mais il lutte pas à pas, me tend des piège, me titille pour que je réagisse avant d’avoir pris le temps de laisser s’exprimer cette jolie « intelligence émotionnelle » et ricane lorsqu’après coup, je m’aperçois qu’encore une fois je n’ai pas pris le temps d’écouter mon ressenti avant d’agir. Mais le simple fait de m’en apercevoir, même après coup me montre que je suis sur la voie.
Et ne vous inquiétez pas, je l’aurai 🙂