C’est la rentrée pour la plupart d’entre nous. L’idée de « rentrer » sous-entend que nous étions « sortis ». De nos quotidiens, de nos bureaux, de nos écoles, de nos lieux de vie habituels.
Il semblerait que les vacances d’été se doivent d’être exotiques. Même de façon modeste, il faut aller « à l’extérieur », c’est à dire loin de son domicile. C’est ainsi que personne n’échappe à la question rituelle avant : où vas-tu en vacances ? – et après : où es-tu allé en vacances ?. Tout tient dans le « où ? ». Le comment, le pourquoi, sont évincés.

illustration rentréeBien sûr il y a là l’envie de ciel bleu et de mer, le bonheur de la peau au soleil et du sable sous les pieds. Ou celui de découvrir d’autres mondes, naturels ou humains. Bien sûr.

Mais aussi une drôle de fuite hors de soi-même, inavouée, niée parfois. Parce que les magazines et les gourous du bien-être de tout poil nous affirment que c’est le moment de « se retrouver », de « prendre soin de soi ».

Mais voyons: en quoi l’ailleurs, l’étranger (au sens le plus large du terme) peut-il nous permettre de reprendre contact avec nous-même, dans l’hypothèse où nous l’aurions perdu ?

Nous voilà bien au contraire loin de nos habitudes et de ce qui alimente notre moteur chaque jour, ballotés par le voyage, l’inconnu, le tourbillon que fait les vacances et qui trouble notre esprit comme un tourbillon trouble la mer. En suspension flottent tant d’inhabitudes que rien n’est plus loin de nous que nous-même dans ces moments.

Se retrouver au son des moteurs de bateaux, de musiques de plage, de cris d’enfants, de trains ratés ? Ou dans une nature inouïe, quand le souffle nous est littéralement coupé par la splendeur, quand nous ressentons notre petitesse, notre insignifiance face à l’implacable et pourtant si lent mouvement de l’environnement ?

Mais laissons-là l’écologie pour en revenir à notre nombril : quelle reconnexion à nous-même permet donc cet exotisme, du plus modeste au plus extravagant ?
Pourquoi ne pas plutôt reconnaître qu’il s’agit d’une échappée ? Qu’il s’agit bien au contraire de devenir autre ? A l’écoute du chuintement délicieux du voilier qui semble dialoguer avec la mer, suis-je encore cet avocat débordé ou cette femme d’affaire redoutée ? Devant un fjord du grand nord, les plateaux de Patagonie, la faune sous-marine des Seychelles ou la magie de Venise, sommes-nous nous-mêmes ? Ou plutôt extraits de nous-mêmes, arrachés à nous-mêmes, débarrassés de nous-mêmes pour tout dire ?
Ce serait donc ça dont nous avons besoin. De nous oublier un peu. De descendre de cette roue de hamster absurde. De « lâcher prise ». Voilà une expression usée jusqu’à la corde, mais qui mérite d’être réhabilitée.

Observez votre prise: quel est le sujet que vous enserrez avec force, mâchoires serrées et sourcils froncés, toute l’année? Il peut y en avoir plusieurs. Visualisez-vous. Voyez-vous ce forcené acharné ? N’est-il pas un peu effrayant ? Que tenez-vous là ? Votre carrière professionnelle ? L’éducation de vos enfants ? Votre couple ? Votre statut social ? Votre patrimoine ? Ou un échec non digéré, une histoire d’amour mort ? Ou tout cela et bien d’autres choses ensemble, comprimées dans votre poigne de fer ? Sentez-vous la fatigue musculaire, la tension, peut-être les maux de tête, de ventre, les yeux qui brûlent, le mauvais sommeil ? Cette prise en vaut-elle la peine ?

Et maintenant imaginez vous en train de desserrer l’étau. Relâchez d’abord les muscles de vos mains. Ouvrez-les grand, faites jouer vos doigts, retrouvez en l’usage, elles si créatives et si utiles. Vous voilà à nouveau capable d’ouvrir les bras, d’embrasser le monde, de donner tendrement la main à un enfant, de caresser une tête aimée, d’écrire, de peindre.
Dans le même temps votre regard se libère, maintenant que vous avez lâché votre proie. Vous pouvez laisser entrer à flots la lumière du ciel d’été. Essayez tout de suite. Voyez comme elle envahit votre corps et vous porte. Restez là, bras et yeux ouverts, prêt au meilleur, empli de lumière. Vous avez lâché prise.
C’est cela sans doute que vous étiez allé chercher là-bas, en vacances. L’avez-vous trouvé ?

Maintenant voyez : faut-il vraiment partir en vacances pour cela ? Rationner votre paix intérieure à ce point ? Ou pourriez-vous désormais desserrer les poings plus souvent, ouvrir les bras et vous emplir de lumière ? C’est à la portée de chacun et partout. Ces beaux jours de rentrée parisienne vous y invitent. Emportez ce petit exercice dans votre cartable de rentrée et posez le sur votre pupitre dès la première heure.
L’année devrait s’en annoncer plus féconde et plus douce. C’est mon souhait pour vous en ce premier jour de septembre.

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