Pour découvrir le concept du saboteur, je vous suggère de lire d’abord mon article introductif : Quand la peur devient notre alliée

Je vous rappelle que cette galerie de portraits de saboteur est une contribution courageuse des lecteurs. (Voir  Le saboteur de l’été, lancement!)

 

Et de 4! Merci à l’auteur, à son courage et à sa sincérité, pour ce nouveau portrait de saboteur.

« Mon saboteur,

Je le décrirais comme un microbe, ou plutôt comme une bactérie (le mot microbe est trop gentil) qui s’accroche et m’attaque comme pour me garder prisonnière de ses filets. Et pour ça je dois dire qu’il est très fort.

Il va me pousser à tout vérifier 15 fois, toutes les petites choses de mon quotidien, que ce soit un horaire de bus, un itinéraire ou même si entre 2 et 5 il y a 2 chiffres et non 3, non décidément 2. Tout un schmilblik me faisant perdre un temps fou pour des foutaises.

Mon saboteur a une passion pour les regards extérieurs, il accorde de l’importance à chacun d’eux. Je croise un inconnu dans la rue, qui ne m’aurait en réalité même pas remarquée mais mon saboteur me balance « hé oui tout le monde a vu que tu étais habillée comme un sac aujourd’hui ». Ou encore, contrairement à un très bon ami qui ne va certainement pas réfléchir au fait que la phrase que je viens de dire avait un intérêt particulier ou non, mon saboteur prend un malin plaisir à être attentif à chaque mot que je prononce, pointer du doigt la moindre maladresse et à me susurrer  » mais quelle phrase nulle, tu viens de dire, tout le monde va se moquer de toi ».

Si je le gérais mieux, il me pousserait en quelque sorte à donner le meilleur de moi-même mais cela ne s’arrête pas là car comme on le sait une bactérie est souvent envahissante, il m’oblige à faire attention à mes moindres actions, comme répéter une phrase dans ma tête avant de me dire finalement : « non ne dis rien ».

Parallèlement à cette recherche de perfection que je décrirais comme déjà pesante il me pousse aussi à être gentille. Cela pourrait passer pour une action positive de sa part, mais ce n’est malheureusement qu’en surface car lorsque l’on creuse un peu il m’incite à être trop gentille, afin de compenser cette confiance en moi qui me fait défaut. Refuser de rendre un service, même si cela ne m’arrange vraiment pas, est une réelle torture et, s’il m’arrive de défier mon saboteur et de refuser, je peux me blâmer plusieurs heures pour l’avoir fait. C’est ainsi qu’il me pousse finalement à me laisser marcher sur les pieds sans rouspéter. Je dois donc lutter en permanence pour voler de mes propres ailes et ne pas laisser cette bactérie me couper dans mon élan et être fière de l’avoir fait taire, ne serait ce qu’un peu.

Mais si la combattre lorsqu’il s’agit de ce qui se passe autour de moi, dans ma relation avec les autres par exemple, est déjà dur, la faire taire lorsqu’il s’agit de moi et mes capacités, c’est mission impossible.

Car cette bactérie a réussi à s’infiltrer dans toutes les parcelles de mon corps et bien évidemment de mon cerveau et à y diffuser l’idée que je n’étais pas assez bonne pour tout un tas de chose, pas assez intelligente pour réussir mon concours et qu’il vaut donc mieux laisser tomber. Il me souffle alors de ne pas me faire trop d’illusion afin de ne pas être déçue lorsque j’aurais probablement échoué.

Etant donné la façon dont je viens de vous le décrire on pourrait imaginer que mon saboteur est courageux mais que nenni, cette petite crapule de bactérie est une vraie trouillarde qui a peur de tout et sa méthode pour que je ne fasse rien qui sorte des sentiers battus est de me faire imaginer le pire des scénarios possible. Par exemple, lors de mon dernier voyage en voiture, j’ai croisé un autostoppeur, la jeune fille gentille que je suis aurais voulu pouvoir le prendre mais NON mon saboteur me lance ces pop-up bien à lui allant dans l’exagération la plus totale, me disant que « ce jeune homme aux allures gentilles peut être quelqu’un de très mauvais allant même jusqu’au tueur en série ». J’arrive à le raisonner et me dire que ce n’est bien évidemment pas un tueur mais je reste tout à fait incapable de le prendre dans ma voiture.

Pour résumer ma bactérie est un peu comme les petites garces que l’on croise dans la cour de récréation de l’école qui disent aux autres qu’ils sont moches, qui sont sûres d’elles au-delà du raisonnable et nous pousse donc à se remettre en question face à elles.

Je tenais à ajouter une petite note finale pour dire que oui mon saboteur prend pas mal de place dans ma vie, mais il ne m’empêche certainement pas de vivre. D’ailleurs on dit souvent (et je suis d’accord avec ce fait) que je suis une joie de vivre. Avec l’âge
et la maturité j’espère transformer cette bactérie en un microbe sans espérer pour autant le faire disparaitre complètement car une vie sans saboteur, ça serait franchement moins marrant. »

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