drapeau_francais_libanais_france_cartes_postales-rf8c163d0d83b4a5486b9ff30b74323f9_vgbaq_8byvr_324Je ne veux pas rester muette devant cette intrusion de la violence la plus effroyable dans nos vies, mais je ne veux pas non plus joindre ma voix à toutes les autres, si inutiles, qui ne font que transformer la douleur indicible de plusieurs centaines d’hommes et de femmes en bavardage pour presse peu scrupuleuse (et mon dieu comme elle l’est peu).
Je ne trouve malheureusement qu’à répéter ce que j’ai écrit pour Charlie :

« Dans ma poitrine, dans mon ventre, une masse sombre et glauque, mouvante, oppressante, me parle du courage que je n’ai pas, de peine infinie, de traumatisme individuel – perdre un être cher, certes, mais comme ça ! J’ai la lâcheté d’éviter de convoquer les images atroces du spectacle de ces corps, je ne prétends pas ressentir l’horreur des proches, mais disons que je perçois de quoi elle peut être faite, que j’imagine le sommeil hanté de cauchemar qui les attend pour longtemps, l’effroi glaçant, la perte de repère, de sens.
 Pour les autres, pour moi, reste un magma qui parle de détresse, d’angoisse, de folie, mais aussi, bien sûr, de beauté humaine, de rage, de révolte, de besoin d’amour, d’envie de serrer dans ses bras ceux qui nous sont chers, d’envie de croire encore, d’envie de ne pas sombrer, mais aussi de hurler, de mordre, de griffer, de taper. Un bouillonnement auquel il est difficile de donner un sens, qui suinte à travers nos cuirasses et qui nous donne juste envie de chialer. Nos larmes n’y pourront rien changer, je forme seulement le vœu qu’elles lavent nos yeux et nous permettent, plus tard, de voir clair, et de remettre en selle la bonté et le rire ».

Aujourd’hui, dix mois plus tard, nous ne voyons toujours pas très clair, malgré les bougies aux fenêtres, et cette obscurité a de quoi nous terrifier.
Le drapeau tricolore qui s’est déployé spontanément et que j’ai adopté est une expression ô combien imparfaite de nos valeurs, qui sont bien sûr partagées bien au-delà de nos frontières.
J’ai choisi d’y marier le cèdre du Liban, parce que ce pays cher à mon cœur a été victime avant nous d’un attentat perpétré par les mêmes, mais aussi parce qu’il dit symboliquement que nous ne devons pas nous enfermer dans une appartenance unique, nous draper dans notre « exception », fut-elle celle de la victime du terrorisme le plus abject, mais bien donner la main à tous ceux qui partagent nos aspirations à la paix et à la démocratie travers le monde.

C’est mon souhait profond. Restons humains avant tout. Ça fait une Belle Equipe.

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