respect

Le respect est une des valeurs[1] les plus partagées dans notre société. Je l’entends quotidiennement de la bouche de mes clients.
Or une valeur, lorsqu’elle est bafouée, crée une douleur parfois intolérable.
Et l’antivaleur qui en est le corollaire est souvent un frein majeur à l’action.

Naissance des valeurs … et antivaleurs

Je m’explique : nos valeurs (morales) sont nées de notre éducation. Ce qui nous a été enseigné comme bon, à la maison, à l’école et par la loi. Nul ne peut réellement y échapper, en tout cas pas spontanément. Ce qui nous est imposé comme bon dans l’enfance exige un long travail de rationalisation, à l’âge adulte, pour pouvoir être relativisé.
Avec ces valeurs vient la cohorte d’antivaleurs. C’est à dire ce qui, par opposition, est insupportable, intolérable, inadmissible. Et l’insupportable, l’intolérable, l’inadmissible, crée beaucoup de souffrance quand il se présente : qui n’est pas été profondément heurté par le manque de courtoisie d’un patron, la légèreté professionnelle d’un collaborateur, l’infidélité d’un partenaire, le manque de respect de quiconque – sauf à ne pas posséder ces antivaleurs ?
Si une société, une culture, génèrent de puissantes valeurs qui ne sont – presque – jamais remises en cause, l’intensité et la qualité de ces valeurs varient d’une famille à l’autre, parfois d’une école à l’autre. C’est ainsi qu’au sein d’une société peuvent surgir des débats autour de l’interruption volontaire de grossesse, du mariage homosexuel, du niveau de protection sociale, des méthodes et le contenu de l’enseignement (par exemple), mais qu’en revanche, dans la même société, certaines antivaleurs ne seront jamais remises en cause, comme l’inceste, le vol, la polygamie …

Dans ce cadre social, chacun, selon son éducation et la façon dont il l’a assimilée, génèrera de surcroît des valeurs et antivaleurs personnelles, et se trouver en leur présence de ces antivaleurs sera pour lui désagréable, voire insupportable ou très douloureux.

Quand les valeurs nous privent de liberté

Nous sommes prêts à de grands sacrifices, à des détours coûteux, à des renoncements définitifs, pour échapper à ce qui nous heurte, à ce qui « ne se fait pas », à ce qui nous déstabilise en remettant en cause les fondements de nos croyances. La présence de valeurs et d’antivaleurs dans nos vies réduit ainsi notre liberté de mouvement au point parfois de nous enfermer dans un carcan. Elle freine nos actions, les détourne parfois de leur but en le réduisant à éviter un inconfort ou un échec, et ralentit ou met un terme à notre marche vers l’épanouissement.

Peut-être avez-vous ainsi un jour renoncé à un poste parce que l’équipe semblait peu soudée (vous êtes viscéralement solidaire de vos pairs) ou le patron un peu bluffeur (vous pensez que l’on doit en tout temps être transparent), ou bien avez-vous refusé une collaboration qui aurait pu déboucher sur un grand succès parce que votre associé potentiel était un peu marginal (le respect des règles sociales est pour vous essentiel), n’avez-vous pas entrepris une aventure professionnelle parce qu’il n’était pas question de risquer un échec (vous avez trop « le sens des responsabilités » pour ça), ou encore n’avez-vous pas entendu le message important que voulait vous transmettre un enfant ou votre conjoint parce que le ton était irrespectueux (le respect est une de vos valeurs fondamentales). Vous avez ainsi raté des opportunités et même peut-être failli à votre rôle familial ou social au nom de vos valeurs.
Vous voyez que dans ce cas elles ont été dévoyées, elles vous ont même mené à en bafouer d’autres.

Renoncer à ses valeurs ?

Mais alors faut-il renoncer à ses valeurs pour ne pas passer à côté de sa vie ? Auxquelles renoncer ? Comment vivre sans ? Comment se regarder dans le miroir?

En réalité, il n’est pas question de renoncer à vos valeurs, mais de les assouplir pour qu’elles n’envahissent pas votre vie au point de la mettre à l’arrêt : Avec un coach ou – plus difficilement – tout seul, vous pouvez vous entraîner à lister les avantages de vos antivaleurs et les inconvénients de vos valeurs. Y compris (surtout ?) de celles auxquelles vous tenez le plus. Vous découvrirez, si vous répétez souvent l’exercice, comme il peut être libérateur.

Si nous en revenons au respect, remarquez qu’il peut être source de lenteur, d’un certain manque de sincérité, donc à terme de frustration, alors que l’irrespect libère la parole et fait gagner en efficacité et en transparence (qui pourrait être une de vos valeurs … )..

J’ai introduit cet article par le respect car il m’a été inspiré par un témoignage qui m’a interpelée, issu du compte Instagram « Humans of New York », formidable galerie de portraits anonymes profondément émouvants.
Voilà ce que j’y ai lu il y a quelques jours :
Une dame : «Because of all her negativity, my mother always taught us respect. Respect your toys. Respect your parents. Respect other people. Respect their property » (traduction libre : « A cause de son caractère négatif, ma mère nous a toujours appris le respect. Respecte tes jouets. Respecte tes parents. Respecte les gens, ce qui leur appartient »).
Dans toutes les listes avantages/inconvénients des valeurs/anti-valeurs que j’ai pu demander à mes clients de dresser, je n’avais jamais entendu le respect être associé à la « négativité ». Je trouve cette idée intéressante, et une excellente illustration de ce qu’une valeur mal employée peut faire comme dégâts (vous avez peut-être compris que le reste du témoignage n’est pas très élogieux à l’égard de cette mère obsédée par le respect).

Je crois comprendre que ce que cette dame dit de sa mère, c’est qu’elle n’a jamais vu le bon côté de la vie, qu’elle a vécu dans la méfiance et dans la peur. Peur de ce qui pourrait arriver, peur du mal que d’autres pourraient lui faire, peur de manquer de moyens, peur de ne pas être aimée de sa fille. Elle imagine donc que si chacun respectait l’autre et chaque chose, les risques seraient fortement limités. En effet, si mon voisin me respecte il ne cherchera pas à me nuire, voilà le danger potentiel du voisinage écarté. Si mon enfant me respecte il ne se retournera pas contre moi, s’il respecte ses jouets il ne les abîmera pas et je n’aurai pas à en acheter d’autres. Donc le respect est valorisé ici comme une protection contre les dangers de la vie. Mais voilà un respect frileux, défensif, insincère. Non pas profond, dans l’amour de l’autre et de la vie. Un respect qui a en effet fort à faire avec la négativité. Il n’ouvre sur rien, ne permet rien. C’est un respect qui prive les enfants de parole et de jeux, et tout le monde d’échanges sincères. Un respect qui cherche à mettre la vie en sourdine, et qui rend tout plus terne.
Voilà de quoi allonger la colonne « inconvénients » et réhabiliter un peu l’irrespect, quoiqu’on en pense.
Si j’ai pris cet exemple aujourd’hui, c’est que je crois qu’avec cette valeur presque universelle de respect, la nécessité impérieuse de remettre en question régulièrement ce que nous pensons être le « Bien » et le « Mal » apparaît clairement.
Loin d’une réalité binaire, bonne ou mauvaise, notre esprit est capable d’une infinité de nuances et de perspectives qui nous rappellent à la fois l’étendue des possibilités et l’impératif de tolérance qui en découle. Et au-delà d’un débat moral sur les mérites du respect (par exemple), qui serait sans doute sans issue, c’est la possibilité de plus de liberté intérieure qui se dessine avec l’assouplissement de nos « valeurs », trop souvent requises à mauvais escient.

 

 

[1] J’utilise ici le mot « valeur » dans son acception « valeur morale ». Comme coach, mes clients le savent, j’en ai parfois un usage plus large, dans le sens de « ce qui a de la valeur pour moi ».

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