La rentrée est parfois pesante, temps où réapparaissent les contraintes, les difficultés, mais aussi une routine dont vous êtes lassés ou ces occupations machinales parfois stériles. Bien sûr, il est toujours possible, à tous les moments de sa vie, d’entamer une démarche pour transformer ce qui doit l’être (avec un coach par exemple).

Mais en attendant, ou en même temps, je vous propose quelque chose de très simple mais de trop négligé : ajouter du plaisir.

Le plaisir a une connotation un peu douteuse. Nos sociétés, nos religions, l’ont toutes plus ou moins condamné, ennemi désigné de la droiture et de l’honnêteté. Mais si la gourmandise et la paresse érigés en péchés capitaux permettent d’éviter à nos enfants de se gaver de bonbons et les incitent à faire leurs devoirs, nous, adultes responsables, nous sentons-nous vraiment criminels devant une baguette craquante et un morceau de reblochon, ou à l’idée d’une sieste digestive le dimanche ? (Bien sûr il est d’autres plaisirs, moins inoffensifs. Et l’excès, même de rigueur, nuit.)

Quelques plaisirs recommandés

Arrêtons-nous donc sur les plaisirs auxquels personne ne contestera leur inocuité. Nous en trouverons-même qui sont recommandés jusque dans les écoles !manet-sur-la-plage-1873

Je pense à un matin d’automne joliment doré, air frais et soleil pourtant encore vaillant, comme une récompense après l’été torride, comme une caresse avant l’hiver ; au sourire d’un enfant au réveil ; à l’incroyable clarté d’un tableau de Manet, qui plante une aiguille de plaisir dans le cœur ; à une tartelette à la mirabelle particulièrement réussie ; à un moment de bienveillance entre amies ; à un échange stimulant ; à une musique qui force à danser ; à la joie, au rire, qui jaillissent sans préavis et déferlent comme un rouleau, vous secouent et vous malmènent mais vous laissent éblouis et plus forts.

 Plaisirs des sens ou de l’esprit ?

L’usage veut que l’on distingue les plaisirs des sens et les plaisirs de l’esprit, mais ils sont de même nature. La porte d’entrée en est toujours le corps, les sens sont convoqués les premiers, quoiqu’il arrive :

Par la vue vous appréhendez les beautés plastiques de tous ordres, mais abordez aussi la lecture, le cinéma et tout contact avec l’autre. L’ouïe porte jusqu’à vous la musique, les voix aimées, les sons de la nature. L’odorat fait vos délices premiers : vous goûtez d’abord le vin, un gâteau ou une peau par son parfum. Le touché propose un accès subtil et global : Sensation mousseuse d’un cashemire, follement douce de la peau d’un enfant, plus sensuelle de celui ou de celle que vous aimez, froide mais bouleversante d’un bronze de Maillol, c’est le corps tout entier qui participe à la découverte et au plaisir. Le goût enfin, pour moi finalement le plus étriqué des sens, mais qui vous offre les plaisirs les plus quotidiens et les plus partagés.

Plaisir spirituel ou pas, votre corps en tout cas se réveille. Un feu s’allume quelque part, les sens ont ramassé du petit bois et gratté l’allumette.

Le cerveau toujours

Et voilà le cerveau qui prend la relève en soufflant sur ce feu, en l’associant avec d’autres, en créant des connections, en organisant des ensembles, en dessinant des tableaux, bref en faisant son travail. Lui ne discerne pas l’esprit et le corps, il est les deux.
Il s’agit désormais de chimie et d’électricité, ce qui rend l’affaire moins glamour mais plus convaincante : car cette chimie et cette électricité fournissent bien des possibilités.

En effet, ce plaisir a mis tant de choses en route dans votre cerveau que le voilà beaucoup plus performant. Parcouru d’étincelles, il est éveillé mais souple, en alerte, prêt à capter tout ce qui pourrait être matière à création, tout ce qui pourrait venir résoudre les problèmes stockés dans ses tiroirs. Il a cessé de « tourner en rond » pour s’échapper vers de nouvelles possibilités, il voit ce qui lui restait invisible jusque-là. L’intuition se fait moins modeste, elle se gonfle et reprend un peu de terrain sur notre rationalité, elle pas toujours si performante (voir Je pense donc je suis? Pas si sûr).
Vous voilà plus créatif, plus audacieux, plus ouvert à l’autre, et aussi plus paisible, plus généreux, plus bienveillant.

Le tunnel routinier se transforme, devient un sentier dans la forêt ou une route dans les champs, une nouvelle énergie vous parcourt, vous êtes prêt à affronter avec facilité ce qui hier encore vous paraissait insurmontable. Vous comprenez ceux qui vous irritaient, ouvrez le dialogue là où il y avait du conflit, donnez là où vous aviez envie de prendre.
A force, ça change tout.

Alors quels que soient les soucis que la rentrée vous a réservés, exposez-vous au plaisir comme on s’expose au soleil. C’est plus facile que ça en a l’air : entrer dans un musée, avoir une conversation agréable, manger un carré de chocolat, patauger dans une flaque ou lézarder au soleil, rire de soi et du reste, écrire, lire, … tout est à portée de main.

Il faut juste prendre bien soin de cueillir ce que la vie vous offre.

 

Illustration: Edouard Manet – Sur la plage

 

 

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