« On ne peut pas tout avoir ». Combien de fois avez-vous entendu cela, de la bouche de vos parents mais aussi sans doute plus tard de vos amis, conjoint, relations professionnelles ? Et combien de fois l’avez-vous dit, à vos enfants/amis/conjoint/relations professionnelles ?
Et en vous arrêtant un peu pour y penser, là, maintenant, que vous vient-il à l’esprit ? Qu’en effet, on ne peut pas tout avoir, que la vie demande des sacrifices, qu’il faut faire des choix parfois douloureux …

A première vue, c’est incontestable. Si Arthur veut passer son permis de conduire il doit renoncer à ses vacances, si vous voulez changer de quartier il faut accepter de vivre dans un appartement plus petit ou au contraire faire plus de trajet pour profiter de plus d’espace, si elle accepte ce job elle aura le prestige mais pas l’argent, à moins que ce soit l’inverse, et si vous prenez les pâtes aux fruits de mer vous ne prendrez pas l’entrecôte frites. Imaginez-vous devant l’un de ces choix, ou un autre auquel vous vous êtes confronté récemment. Que ressentez-vous ? Quel est votre degré de frustration ? Que charrie-t-elle de regrets anciens, d’appréhension de l’avenir et finalement d’auto-dénigrement?

 Regrets et peur de l’avenir dans le même panier

 Voyons d’abord les regrets qui profitent de la situation pour se rappeler à vous et vous blesser à nouveau, comme une sorte de volte-face de l’ennemi qui semblait pourtant en déroute. « Tu te souviens, déjà la dernière fois tu n’as pas fait le bon choix, tu vois ce que ça t’a coûté, tu aurais du … ».

Souvenez-vous du saboteur. Le voilà qui boit du petit lait. C’est si facile pour lui à cet instant de vous rappeler vos erreurs, de vous pétrifier et de vous enjoindre de faire le choix a minima, pour limiter la casse.
Pourtant, à y regarder de plus près, ce choix précédent, que vous auriez mal fait, a-t-il eu des conséquences si néfastes sur votre vie ? Qu’il s’agisse d’un plat de pâtes ou d’un compagnon, d’un lieu de vie ou de vacances, croyez-vous que vous payez encore aujourd’hui une erreur flagrante ? Et si vous le pensez, voulez-vous vous arrêter un instant et observer la réalité ? Voyons. N’avez-vous pas, du fait de ce choix, vécu des moments, des échanges, des émotions, allons-y, des instants de bonheur, que vous n’auriez pas connus autrement ? N’avez-vous pas appris de façon certaine des choses sur vous et votre entourage que vous ignoreriez encore aujourd’hui sans cela ? Ne vous êtes vous pas enrichi de cette science de vous-même, et ne va-t-elle pas vous guider aujourd’hui pour opérer le choix du jour ? Et l’expérience globale ne vous dit-elle pas qu’il est infiniment difficile d’envisager toutes les conséquences d’un choix, tous les accidents de la vie (au sens événements aléatoires), et que donc ces regrets n’ont aucun sens, car il s’agit de s’attrister ne pas avoir fait un choix dont on ignore absolument l’impact qu’il aurait eu sur notre vie ?
Permettez-moi d’insister : même si un autre que vous a pris la voie que vous n’avez pas choisie, et s’en est trouvé très satisfait, alors que votre chemin ne vous a pas mené où vous l’espériez, rien n’indique qu’à sa place vous seriez arrivé au même point. Vous auriez peut-être en cours de route pris une autre direction que lui, vous auriez rencontré d’autres gens (vous n’avez pas le même entourage), votre vie familiale aurait eu une autre influence (vous n’avez pas la même famille), vous auriez pris d’autres décisions intermédiaires, bref impossible de savoir ce qu’il serait advenu.

Balayons donc les regrets, et voyons comme la peur de l’avenir est du même acabit : « J’ai envie de ça, mais si je le fais il va se passer ça et ce n’est pas souhaitable », ou à l’inverse « je n’ai pas envie de ça mais si je ne le fais pas cela aura des conséquences regrettables ». Voyez comme on anticipe, dans un avenir incertain, un regret inutile … Car enfin qui peut se prévaloir d’avoir prédit l’avenir, même à un niveau individuel, de façon fiable ?

 S’en remettre au hasard ?

Alors me direz-vous, à vous entendre, on choisit au hasard! Et bien parfois cela peut être très intéressant. Par exemple, pour vous si indécis devant une carte de restaurant, qui regrettez presque toujours votre choix quand l’assiette du voisin arrive, décider de choisir le premier plat dans la liste, quel qu’il soit, les trois prochaines fois que vous allez au restaurant, peut être très instructif : sans doute, d’abord et surtout, n’aurez-vous aucun regret. Puisque vous avez adopté cette règle ludique, vous serez au contraire amusé de l’avoir appliquée et curieux de ce que cela provoque en vous. Vous dégusterez votre plat avec une grande attention, vous serez à l’écoute de vos papilles, même, peut-être surtout, si ce n’était pas un de vos plats favoris.
Vous voyez la différence ? D’une part le regret, la frustration, sans doute une absence de plaisir quand vous mangez, de l’autre l’amusement, la découverte, le goût satisfait. Et cela alors que, dans le deuxième cas, vous mangez peut-être quelque chose qui au fond vous plait moins ! Car en réalité, c’est une question d’attitude bien plus que de résultat du choix. Refusez l’angoisse de vous tromper en acceptant l’aléatoire et vous verrez le choix autrement.
Alors bien sûr il y a peu d’enjeu ici. Mais nous faisons tous les jours une multitude de choix sans grands enjeux et qui pourtant nous pèsent, nous ralentissent, et parfois nous laissent une sensation de faiblesse. Que vais-je mettre ce matin, est-ce que je vais d’abord prendre un café ou un verre d’eau, douche ou bain, à pied ou en vélo, télé ou lecture, légumes bio ou du supermarché, yaourt entier ou allégé, je traverse maintenant ou plus tard, noir ou gris mon short de sport, tous ces micro-choix peuvent nous laisser épuisés et insatisfaits. Or, j’insiste encore une fois, ce n’est pas tant l’issue qui est en jeu ici que la façon dont nous faisons ce choix, avec cette peur de se tromper si destructrice.
Alors pour tous ces petits choix anodins qui pourtant entament notre estime de nous-même en permanence, je vous recommande d’essayer des règles légères et amusantes, qui auront de plus le mérite de vous faire découvrir une somme de petites choses (vous ne savez pas comment vous habiller le matin ? Prenez systématiquement les habits dans le tiroir, les uns après les autres, matin après matin. Vous allez redécouvrir ce pull que vous aviez enfoui sous quelques strates de nouveautés, que vous adoriez il y a quelques années et qui vous va en réalité très bien).
Usez de votre créativité et amusez-vous !

 Vous, ici, maintenant

 Maintenant pensez-vous, soyons sérieux. On ne peut tout de même pas tout laisser au hasard, sinon ce n’est même plus la peine de se lever le matin. Je suis d’accord avec vous. Mais il me semble que le seul critère de choix acceptable, dans les cas importants, ce sont vos tripes.

Prenez un choix que vous avez fait récemment, ou mieux encore, que vous n’avez pas encore fait. Vous dites ne pas savoir que choisir ? Ecoutez bien les tréfonds de votre conscience. Votre choix est déjà là, blotti, timide, effrayé. Mais il est là. Vous savez ce que vous voulez. Vous le sentez au moins. Mais, …, mais,… que vont en penser les gens, est-ce raisonnable, n’est-ce pas un peu hasardeux, ce n’est pas ce qu’on attend de moi, je risque de faire de la peine à quelqu’un …
Donc vous n’écoutez vos tripes que de loin et vous prétendez ne pas savoir choisir. Notez qu’au passage, comme j’y faisais allusion au début de cet article, vous en profitez pour vous auto-flageller, je suis nul, je suis faible, je suis dispersé, je ne sais pas ce que je veux …
Alors qu’en réalité vous avez peur (tout le monde a peur, voyez juste le saboteur planqué derrière), ou vous ne voulez pas heurter quelqu’un, ou vous voulez vous plier à ce que vous croyez que l’on attend de vous (voir http://paulinecharneau.com/quand-la-peur-…t-notre-alliee/ et http://paulinecharneau.com/que-croyez-vous-qui-vous-limite/).
Souvenez-vous alors que vous avez des valeurs, et qu’elles vous guideront plus sûrement que toute autre considération. Et ces valeurs, ce sont vos tripes qui vous renseignent sur elles. Cette décision apeurée qui se cache en vous, ce sont vos valeurs qui lui ont donné naissance. A vous de la nourrir, de l’élever, de la faire grandir en force et en beauté.
Mettez votre Grand Moi aux commandes, et, armé de vos valeurs, il vous ferra voir quelles choses sont vraiment importantes pour vous. Il y en a sans doute moins que vous ne le croyiez d’abord, mais elles prennent plus de place.
Et voyez que la réponse se trouve dans le seul temps que vous maîtrisez : le présent. Vous ne vous attachez pas à un passé que vous ne changerez pas, ni à un avenir inconnu, mais bien à ce qu’il se passe maintenant en vous.
Et maintenant vous ne voulez plus tout, mais ce que vous voulez, vous le voulez vraiment, et vous l’aurez ! (vous pouvez dès lors commencer à rêver. Voir http://paulinecharneau.com/2014/06/05/oser-rever/)

Et si vous persistez à TOUT vouloir (serait-ce une valeur en soi ?), vous découvrirez que c’est presque possible. Je vous expliquerai comment lors d’un prochain article !

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