illustration impair et gagne

Il y a ceux qui ronchonnent pour ronchonner, il y a ceux qui n’aiment pas la gauche ni les verts, ceux qui dénoncent les manœuvres électoralistes, ceux qui n’aiment pas changer leurs habitudes, et ceux, les moins nombreux sans doute, qui sont vraiment gênés. Et puis il y a les enfants que ça amuse, et tout ceux pour qui ça ne change rien.

Mais pour tous, je trouve dans ces mesures anti-pollution bien des raisons de se réjouir, des enseignements à tirer, des sensations à découvrir. Ce tout petit accident dans notre quotidien est une belle opportunité de voir les choses autrement.

La force du vécu

Tout d’abord, il y a la prise de conscience. Conscience que notre environnement est réellement mis en danger par notre activité, et que contrairement à ce que l’on entend ici et là, il y a sans doute matière à améliorer cela sans régression ni dogmatisme. Comme nous sommes venus lentement mais sûrement au tri des déchets, peut-être pourrions-nous imaginer en venir au partage des droits à polluer, ou pourrions-nous enfin faire un pas décisif vers les véhicules électriques, contre les véhicules au diesel, ou que sais-je encore. Je n’ai pas l’ambition de me substituer aux autorités compétentes, je voudrais juste souligner qu’une  expérience individuelle et corporelle (nous sommes nombreux à marcher de façon inhabituelle aujourd’hui) des conséquences de la pollution peut mener à une prise de conscience forte, puis à des actions que chacun d’entre nous n’aurait sans doute pas envisagé auparavant. La force du vécu, pour le bien de la planète.

La saveur retrouvée

Mais il y a aussi une richesse d’un autre ordre dans cette contrainte. La première est de bousculer, un tout petit peu, notre quotidien. Il se passe quelque chose qui nous pousse à examiner notre mode de vie, à travers notre mode de transport. Le déjeuner dominical et ensoleillé, hier, a été l’occasion de bien des conversations à ce sujet. Tout à coup une autre perspective, toute la journée semble avoir un goût et une texture différente, un lundi banal se teinte d’aventure, pour beaucoup l’appréhension domine, mais pour d’autres, cette occasion de changer de rythme est comme un cadeau. C’est en réalité un cadeau pour chacun, un peu comme un raviveur d’éclat. Ce qu’on aime dans notre quotidien, mais dont on avait oublié de célébrer l’existence, se rappelle à nous et prend une nouvelle saveur. Ce que l’on perd pour quelques jours, nous le savourerons d’autant plus ensuite.

Mais il y a aussi, surtout, une fantastique opportunité de découverte !

Une nouvelle expérience

Nombreux sont ceux qui ont annulé des rendez-vous aujourd’hui. Pour certains avec un peu d’irritation, pour d’autres avec soulagement. Mais pour tout le monde, une nouvelle expérience : je me suis moins déplacé, peut-être ai-je du faire preuve d’inventivité pour ne pas perdre un client, peut-être le temps libéré aura-t-il été utilisé à une tache négligée depuis trop longtemps et qui pourtant change les perspectives, ou bien aura-t-il été mis a profit pour déjeuner avec des collègues que j’avais négligés faute de temps. Peut-être encore en ai-je profité pour aller travailler en marchant ou en courant, moins obsédé que d’habitude par l’horaire, et suis-je arrivé au bureau plus détendu, en ayant rencontré sur mon chemin des sources d’inspiration, des raisons de me réjouir, des beautés ignorées.

Un nouveau regard, de nouveaux désirs

Parce que, autre richesse de circonstance, cette ville débarrassée en partie de sa circulation apparaît sous un autre jour. Les grandes avenues haussmanniennes retrouvent leur majesté, les piétons peuvent admirer, ou pour certains enfin juste remarquer, les arbres en bourgeons et en fleurs, et peuvent aussi lire les affiches des colonnes Morris et laisser naître une envie de cinéma, de théâtre, d’exposition.

Et celui qui n’avait pas pris le métro depuis vingt ans, qui en descend l’escalier comme ceux de l’enfer, peut-être pourra-t-il tout de même en retrouver la poésie toute parisienne, peut-être cette odeur si caractéristique lui remettra-t-elle en mémoire ses années de jeunesse, où, jeune provincial monté à Paris, il trouvait encore à ce moyen de transport toutes les vertus possibles, surtout lorsqu’il le portait jusqu’à une jeune fille aimée ou un bistrot de copains. Et cette bouffée de jeunesse et d’insouciance lui permettra peut-être de voir tout autrement ce compte de résultat plombé ou ces fins de mois difficiles à boucler.

Peut-être aussi une musique tzigane, jouée dans un couloir, le transportera-t-elle de joie sans fards, peut-être esquissera-t-il un petit pas de danse, au moins dans sa tête, peut-être rentrera-t-il ce soir un peu moins soucieux.

Et ce petit accident du quotidien pourrait donc, tel le papillon, avoir de grands effets : sur notre environnement, mais aussi sur nos méthodes de travail, sur notre relation à autrui, sur l’organisation de notre vie, sur notre humeur.

Il pourrait nous ouvrir aux arts, aux autres, et à nous-mêmes.

 

 

Je serais ravie que vous partagiez vos expériences ici !

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