J’ai entendu récemment un ami affirmer qu’il fallait renforcer ses points forts, pas ses points faibles. L’idée est d’être très bon à ce que l’on fait bien et de trouver de l’aide extérieure pour ce que l’on fait médiocrement. Avec sous jacente la croyance que les points faibles le sont « naturellement » et qu’aucun travail ne pourra jamais nous mener à l’excellence sur cette base innée un peu fragile. A l’inverse, le riche terreau des points « naturellement » forts leur permet de se développer avec vigueur sans grande difficulté. Comme si nous étions un jardin dans lequel les roses s’épanouissent mais les framboises n’arrivent pas à maturité. Cultivons donc des roses, et laissons au maraîcher voisin le soin de nous proposer de belles framboises, plutôt que de nous escrimer à chercher à modifier la nature des choses.

Or les modes d’éducation les plus répandus dans nos contrées ne semblent pas nous considérer individuellement comme un terroir à valoriser, mais plutôt comme le champ de tous les possibles. Nous sommes élevés à améliorer nos points faibles, et les forts sont vus que comme une sorte de chance indue, qui n’apporte pas grand-chose (puisqu’ils ne requièrent que peu de travail, et que ce qui n’est pas difficile n’est pas noble).

Voyez un enfant particulièrement doué en histoire. Ses parents vont prendre quelques secondes pour le féliciter de ses bons résultats, et de nombreuses minutes pour lui rappeler qu’il faut qu’il renforce ses compétences en maths. Ils mettront peut-être à sa disposition un répétiteur de mathématiques, mais il y a peu de chance qu’ils fournissent à son goût pour l’histoire matière à se développer, par les livres ou les visites de monuments historiques. Il est déjà assez occupé de ça n’est-ce pas ?

Ne serait-on pas ainsi en train de créer de la médiocrité à tous les étages ? Cet enfant sera sans doute toujours assez faible en maths, et son goût de l’histoire, mal nourri, s’étiolera. Plus rien n’émergera de cette personnalité unique.

Je force évidemment un peu le trait. La véritable passion trouve toujours à s’exprimer. Mais encore pour cela faut-il l’avoir rencontrée. Les personnalités qui s’affirment moins vite ou moins fort risquent de passer au laminoir.

Mais on peut aussi penser que l ‘« honnête homme » que nous continuons à nous entêter à éduquer est une base de développement pour des talents spécifiques. Que l’ouverture d’esprit et la curiosité que devrait faire naître une éducation généraliste sont les bases de tout apprentissage et de tout développement. Et que dans un monde d’hyper-spécialisation, dans lequel les compétences évoluent plus vite que l’être humain, la compétence ultime est sans doute la capacité à maîtriser de façon superficielle l’ensemble des domaines. Et pour cela, il faut sans doute n’en n’avoir laissé aucun de côté sur son chemin.

Alors, renforcer ses points faibles ou ses points forts ? Ou les deux ?

Regardons de plus près : Qu’est ce qu’un point faible ? Notons qu’un « point » ne peut pas être un espace important. Donc c’est quelque chose de circonscrit, de petite taille, et aux contours assez nets.

« Faible » signale déjà une existence. C’est quelque chose que nous avons en nous, mais qui n’est pas très affirmé. On ne dira pas de quelqu’un qui n’a jamais joué d’un instrument de musique que le piano est son point faible. C’est une chose qu’il ne sait pas faire du tout, un vide. Donc certainement pas un point à développer de façon rapide et qui pourrait venir utilement renforcer les points forts existants (bien sûr, mais c’est une autre question, apprendre à jouer du piano peut être une belle aventure, et apprendre, de manière générale, est une façon formidable de prendre soin de soi psychologiquement et neurologiquement).
Le point faible est donc limité, peu encombrant. Du moins objectivement. Parce qu’il est vrai qu’il peut, à certains moments, occuper tout l’espace mental. Il semble tout d’un coup un handicap lourd et irrémédiable. Parce qu’à cet instant-là, il nous rend la vie difficile. Et s’il est possible alors de demander de l’aide extérieure, de faire faire par un autre ce que nous faisons si mal, il ne faut bien sûr par hésiter.
Mais ce n’est pas toujours possible ! Quels que soient notre rang, notre pouvoir, nos moyens, il y a des choses que nous ne pourrons jamais faire faire par autrui (ou au risque d’être moins bien « servis » que par nous-même, voire de dénaturer le projet).

Rechercher un emploi, créer son entreprise, décrocher un diplôme, élever un enfant, faire un régime, se mettre au sport, – je choisis délibérément des choses de nature et d’importance différentes, et je vous laisse compléter la liste – voilà bien des choses que l’on ne peut pas confier à d’autres.
Or le projet peut nous sembler par moments impossible : je sais que j’ai les compétences pour le job, mais je suis affreusement timide et je rate tous mes entretiens d’embauche, le stress me rend idiot. Ou : j’ai vraiment un projet d’entreprise très prometteur, mais l’idée de rédiger un business plan m’ennuie tellement que je n’ai toujours pas commencé à chercher des associés ou du financement. Ou : j’ai vraiment envie d’avoir un enfant, je sens que je pourrais lui donner beaucoup et en retirer une grande joie, mais j’ai peur de manquer de patience, de trop le gronder et de le traumatiser.

Derrière ces « mais » apparaissent des points faibles. Qui bouchent l’horizon et empêchent d’agir.

C’est le moment de travailler sur votre timidité, votre allergie aux chiffres, votre impatience.
Non pas de les éradiquer, ils ont une histoire, une raison d’être. Il ne s’agit pas de changer. Mais d’évoluer, de s’assouplir. Et pas en nivellant les crêtes, en réfrénant son enthousiasme, en prétendant être un autre. La vérité vous rattrapera. Ne défiez pas vos points faibles en vous forçant à les exercer à haute dose (comme moi qui ai été « salesperson » dans une salle de marché pendant plusieurs années parce que je détestais vendre et que la finance était le dernier de mes soucis. Histoire de me dire que j’en étais capable quand même …). Il s’agirait plutôt de les amadouer. D’en avoir moins peur. D’accepter de ne pas y exceller, mais de se dire aussi qu’on n’y est pas si mauvais.
Parce que cela rend la vie beaucoup plus facile, et aussi parce que cela peut être l’objet de jolies surprises : quand vous aurez travaillé la gestion de votre stress pendant quelques séances avec un coach et que vous passerez votre premier entretien serein, cela vous procurera, au-delà du soulagement (et potentiellement du job) un réel plaisir.
Et vous savez comme je tiens le plaisir en grande estime !

La prescription serait donc : un travail raisonné sur ses points faibles, pour qu’ils ne se transforment pas en obstacles infranchissables, et bien sûr, ne l’oublions pas, un travail acharné sur ses points forts, qui sont eux les vraies richesses à exploiter sans répit.

Forts de ce programme, je vous souhaite une très bonne rentrée !

 

2 thoughts on “Faut-il renforcer ses points faibles?”

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