« …even the laziest, most deathly afraid

part of you » …

Je trouve dans un poème de David Whyte (1) cette association d’idées entre la paresse et la peur mortelle (les deux notions sont séparées par une virgule, comme des jumelles, il ne dit pas « the laziest or the most deadly afraid », ou « the laziest and the most deadly afraid », mais bien « the laziest, most deadly afraid », comme si la peur mortelle accompagnait nécessairement la paresse.)

Création, peur et paresse

C’est un poème sur le processus créatif, et c’est en cela que cette phrase m’interpelle particulièrement. Parce que je crois, vous le savez, en la force irrésistible de la création (2). Mais aussi parce que nous sommes, je suis, bien souvent freinés par une sorte de paresse quand il s’agit de mettre au monde une idée, un objet, un texte. J’ai par exemple longtemps prétendu être trop paresseuse pour écrire, et aujourd’hui encore, quand je tarde un peu à publier un article, j’invoque cette paresse. Et pourtant, petite confidence, j’ai souvent plusieurs articles d’avance. Alors ce parallèle entre la paresse et la peur, la part en nous la plus mortellement effrayée, appuie sur un point sensible et me force à un peu d’introspection.

Peur de quoi ?

Je risque ici de trahir David Whyte. Je ne sais pas à quoi il pense. Mais je crois que le lecteur a sa part de créativité et peut donner un sens inattendu à ce que l’auteur a écrit. En tout cas je m’octroie cette liberté. Je vais donc parler de ma peur, pas de celle de David Whyte.

Peur de ne pas y arriver d’abord. La si largement partagée peur de l’échec, que je m’efforce d’aider mes clients à combattre. Cet échec si riche en enseignements, qui risque d’ouvrir sur une autre perspective à laquelle je ne serais pas préparée. Une épreuve initiatique qui m’ouvrirait les portes d’un autre monde, mais dont je ne sais rien. Donc cette peur là.

Mais aussi peur d’y arriver médiocrement. De passer inaperçue, d’être en deçà de mes ambitions pour le monde. Peur de découvrir ma vraie valeur, peur de la fin des illusions. J’ai vécu jusqu’ici avec ce bébé dans le ventre, que j’ai gardé pour moi, dont je ne sais pas le visage mais que je rêve parfait en tout point, et je prendrais le risque de me délivrer enfin (on appelle bien ça une délivrance n’est-ce pas ?), d’être désormais vide de cette espérance, de mettre à distance cette partie de moi, de la montrer au monde, et de guetter ses réactions ? Oui, là, je sens cette peur mortelle m’envahir, et une sorte de paralysie lui succéder, cette paresse salvatrice qui me tient loin du risque vital.

Quel beau terrain de jeu pour un coach ! j’y reviendrai donc la semaine prochaine, et nous tenterons de voir comment déjouer ces peurs qui nous rendent paresseux.

D’ici là, posez-vous la question : Qu’est ce que je ferais si je n’avais pas peur ?

(1) The Lightest Touch, By David Whyte

Good poetry begins with

the lightest touch,

a breeze arriving from nowhere,

a whispered healing arrival,

a word in your ear,

a settling into things,

then like a hand in the dark

it arrests the whole body,

steeling you for revelation.

In the silence that follows

a great line

you can feel Lazarus

deep inside

even the laziest, most deathly afraid

part of you,

lift up his hands and walk toward the light.

From Everything is Waiting for You

<http://www.davidwhyte.com/everything.html>

©2003 Many Rivers Press

(2)

Voir mon article : « Soyez créatifs ! »

http://paulinecharneau.wordpress.com/2013/01/16/soyez-creatifs/

4 thoughts on “Et si la paresse cachait la peur?”

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